Choses promises, choses dues… voici quelques nouvelles de mes expérimentations.

Tout d’abord, la mise sous le rang de vigne de 5 cm d’épaisseur de BRF (Bois Raméal Fragmenté). Des bruits courent dans notre milieu que ceux qui ont essayé, ont eu des problèmes de « faim d’azote » avec des vignes commençants à flétrir !



Cela m’étonne, car le bois ne nécessite pas d’azote, comme la paille, pour être décomposé. Seuls les champignons décomposent la lignine, or les champignons ne consomment pas d’azote. Bien au contraire, si l’on fait un apport d’azote, c’est la faune qui se développe au détriment du mycélium, et le bois n’arrive pas à être attaqué.



En tout cas, dans mes deux essais, les vignes qui ont du BRF sous le rang et de l’avoine non détruite dans l’inter rang, se développent très bien, avec en plus une belle vigueur.

Les pampres poussent bien malgré l’aspect « un peu abandonnée ». Quant aux Tannats et aux Abourious…

… même chose. Développement important malgré la « noyade herbeuse ». Le BRF semble leur donner la nourriture qu’elles aiment… pas de « faim d’azote » constatée, pas de stress hydrique non plus. Mais là, il faut dire que nous avons reçu pas mal d’eau depuis le mois d’Avril. Si une sécheresse comme l’année dernière était apparue… j’aurais détruit l’avoine.

Pas de carence non plus, il semble que le BRF et l’avoine fonctionnent comme un complémentaire de la vigne, empêchant la pousse d’herbes plus concurrentes et moins coopératives, tout en fertilisant le sol. Quant aux grappes :

production normale sans diminution du rendement. Nous verrons en Septembre l’évolution des maturités et des composants chimiques des grappes.

Pour la vigne du Petit Manoir, la moutarde a parfaitement poussé sur l’avoine/vesce et se trouve en fleur aujourd’hui

La rotation fonctionne et la vigne ne souffre aucunement de ce voisinage. Aucune carence, ni « faim d’azote » et autres… constatées. Pas de maladie non plus, et une très faible proportion d’insectes ravageurs (eudémis, cochylis, cicadelles…). Est-ce la bio-diversité, ou l’hiver très froid (de -10° à -15° pendant 15 jours) que nous avons eu ? Nul ne le sait. C’est sur plusieurs années qu’une telle question peut-être dénouée.



En tout cas, si certaines plantes sont concurrentes de la vigne, d’autres ne le sont pas ! Donc, nul besoin, a priori de désherber la vigne en mettant le sol à nu avec des labours répétés et du glyphosate.

L’utilisation de plantes symbiotiques semble résoudre le problème de concurrence tout en nourrissant la vigne sans apport d’engrais… et en freinant (et j’espère bientôt, en stoppant) l’érosion du sol.
En tout cas, c’est ce que j’espère démontrer. Un bémol quand même… nous sommes dans un millésime assez arrosé… et nous sommes en Aquitaine. Donc pas de conclusion hâtive sur le stress hydrique.

Ici la moutarde est installée pour protéger le sol en été. Sa floraison se passe en même temps que la vigne, ce qui attire une masse d’insectes pollinisateurs.
L’azote consommé par la moutarde est pris en partie de la décomposition de l’avoine/vesce, ce qui permet de réduire l’apport d’azote à la vigne au moment de sa floraison… apport responsable du phénomène de « coulure »… particulièrement néfaste à la qualité et aux rendements. Les deux cultures semblent être symbiotiques.

Je ne souhaite pas incorporer la moutarde pour apporter de la nourriture à la vigne. Son rôle est uniquement d’être une culture intermédiaire entre les semis avoine/vesce qui eux, ont un rôle « engrais verts ».
La moutarde est juste là pour augmenter ou maintenir une belle structure humique et une fraicheur dans le sol au moment où le soleil d’été et les orages sont particulièrement violents et destructeurs. Une couverture enrichissante et protectrice.

Ainsi, on pourrait imaginer de récolter les graines de moutarde… augmentant peut-être les revenus de la parcelle ? Mais pour cela, il faudrait une machine qui ne moissonne que le hauts des tiges et qui passe dans des rangs de vigne… !? Et rien ne dit que je ne sois pas obligé de détruire la moutarde dans les semaines qui viennent ? Donc… pure hypothèse.



Mais qui sait ? Le principe de la diversité des récoltes sur une même parcelle était la base de la agriculture au néolithique… agriculture la plus productive de l’histoire humaine ! Le potager en est aussi un bon exemple.

En tout cas, nous verrons dans quelques semaines si la vigne souffre de millerandage ou non. Il semble que l’année soit favorable à ce fléau qui touche beaucoup les merlots. Donc… wait and see !