Cette phrase à peu près dite par Claude Bourguignon lors d’une conférence sur les nouvelles techniques de travail du sol, m’a particulièrement frappée. Dans l’idée d’aller toujours plus loin dans l’exploration du sol par la plante et l’effet « terroir » que tout vigneron érige en « quête du Graal »… on ne peut pas oublier que 90% de la plante trouve sa nourriture dans l’air avec principalement le carbone qu’elle transforme en amidon grâce à la photosynthèse… l’oxygène et l’azote.

Ainsi, ce que le sol amène, ne représente que 5% à 10% des minéraux absorbés, et... 90% du travail du vigneron! Dans ces 5 à 10%, une grosse partie est constituée par l’azote, la potasse, le phosphore et le magnésium… le fameux N,P,K & Mg que l’on trouve dans les engrais chimiques… et une myriade d’oligoéléments comme le fer, le bore, le manganèse, le cuivre, le soufre… que l’on trouve en quantité infime dans le sol et que l’on ne trouve pas dans les engrais chimiques bien sûr.

Pourtant, ce qu’explique Claude Bourguignon, est que la saveur se trouve dans cet infime… aucun sol ne possède exactement les mêmes proportions d’oligos… ce minérome (néologisme à partir de… génome… !) c’est son empreinte digitale. Comme on dit : l’Art se niche dans les détails !

Et c’est de ces détails dont je voulais maintenant m’entretenir… et plus particulièrement de la suite du protocole de fertilisation ou plutôt… de l’accroissement de la fertilité du sol, puisque l’idée est que je ne mets aucun intrant ni engrais chimique, ni engrais organique, ni compost.

Dans mon idée, je voulais sursemer la moutarde dans mon avoine/vesce. Les pluies importantes que nous avons eues en Périgord (160 L/m2), m’ont empêché d’entrer dans les vignes avec le tracteur pendant que l’avoine et la vesce se sont considérablement développés.

La vesce était en fleur, c’était le moment de la détruire

C’est au moment de la fleur que les plantes sont le plus riche en matière fertilisante… ensuite, une fois pollinisée, la plante met toute sa richesse dans les graines pour maximiser leur germination. Mon idée au départ était de sursemer dans l’engrais vert puis de rouler avec le paker pour le coucher... la météo et le manque de temps ne me l'ont pas permis! L’avoine et la vesce se seraient relevées au bout de quelques jours mais auraient provoqué l’humidité nécessaire pour la germination de la moutarde. 3 semaines après, je les aurais broyés.



N’ayant pas pu faire cela à cause de la hauteur de l’avoine, j’ai adopté une autre stratégie : broyage

Incorporation avec les disques

Ce qui correspond à un labour superficiel

Puis semis et roulage

Heureusement, il a fait suffisamment beau pendant les quelques jours des « façons » et la pluie est revenue sur mon semis (40 L/m2)… bref, un bon arrosage… les moutardes sont en train de naître ! On peut distinguer à travers le paillis d’avoine, les petits plants cruciformes (4 lobes… la moutarde est une crucifère) qui envahissent le sol… ! La terre ne restera nue que 2 ou 3 semaines.

Ainsi, pendant les chaleurs et orages de l’été, la terre sera entièrement recouverte et donc à l’abris… c’est mon but. Sur certains inter-rangs j’ai décidé de ne pas incorporer le broyage, ce qui provoque un paillage du sol comme on le voit sur cette photo

Quant aux tournières comme on dit dans le jargon viticole (le tour des vignes), je laisse le foin se développer pour laisser fleurir les graminées (effet attractif pour les insectes pollinisateurs) et permettre aux insectes du sol (carabes, araignées…) de se déplacer des haies à la vigne, protégés par la végétation

L’ensemble prend un aspect un peu sauvage ou abandonné… tout le contraire d’un terrain de golf… d’autres diront que la vigne devient Nature ! Pour la jeune plantation, l’effet est encore plus spectaculaire

Et oui ! elle est "noyée" dans cette mer de végétation. Il a fallu bien regarder avec le tracteur pour ne pas tout broyer

Mais finalement… tout est entré dans l’ordre… et la petite vigne n’a pas souffert de cette excentrique végétation !

Le fer servadou (bourdalès) a fier allure malgré la photo précédente… « noyade dans la verdure». Comme quoi, il y a aussi de nombreux préjugés chez nos anciens !