Domaine de la Voie Blanche

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jeudi 11 mars 2010

La taille de Mars

La taille des merlots des Joualles a commencé. "Taille tôt taille tard, rien ne vaut la taille de Mars", tout vigneron connait ce dicton qui malheureusement est difficile a appliquer vu la dimension des propriétés actuelle de 7 à 25 hectares en moyenne. En fait, dans la plupart des cas la taille commence à la chute des feuilles en Novembre et se poursuit tout l'hiver. Les dictons ont du bon, mais l'économie a eu raison d'eux. Une grande propriété devrait multiplier par 3 ou par 5 ses effectifs au moment de la taille pour pouvoir tailler tout en Mars, ce qui est presque impossible. Au domaine, on essaie de respecter ce calendrier mais le domaine est de taille modeste... il ne faut pas oublier qu'avant, ou autrefois, les propriétés étaient petites car souvent, même les grands domaines étaient partagés en métairies. Beaucoup de monde travaillait dans les vignes et la baisse des coûts de production que la modernité nous a amenée, a concentré les propriétés et a réduit le nombre d'ouvriers. Par ailleurs, les domaines d'antan ne faisaient pas que du vin, ils étaient en polycultures et les paysans faisaient d'autres activités avant la taille. Aujourd'hui, on a spécialisé les exploitations. Les paysans sont devenus des ouvriers viticoles dans notre cas, et l'hiver ils sont disponibles pour tailler, ce qui a aussi permis de réduire leur nombre. C'est le "grand progrès" de la rationalisation économique, qui a amené le monde agricole à l'endroit où il est actuellement: un nombre dérisoire d'agriculteurs sans force politique, des propriétés importantes hypermécanisées, des sols malades et pollués, un travail et un stress important, la solitude du "paysan" dans sa ferme, la pauvreté culturelle de son environnement rural, une surproduction endémique et un effondrement de son revenu qui le met à la merci des RSA et autre RMI... magnifique progrés de notre splendide civilisation! Aujourdhui, Jean-Guy vient de commencer Les Joualles

Il faisait -4 degré ce matin, il faut tailler les parties de la parcelle les moins froides. Par ailleurs, nous taillons les pieds faibles en lune montante et les pieds forts en lune descendante, cela ne simplifie pas le travail car il faut repasser dans les rangs pour le deuxième passage. Il fait assez beau, pas d'humidité, temps sec, idéal pour la taille. Le soleil manque un peu mais il va peut-être nous accompagner demain, il pleut sans doute samedi.

Chaque pied mérite de l'attention et il faut pour le vigneron à la fois un oeil expert et un coup de sécateur rapide et précis. Pour les jardiniers qui ont des rosiers, il peuvent comprendre que chaque pieds de vigne est un rosier, sauf que sur une parcelle comme les Joualles il y en a 5000 par hectare...! Cela laisse peu de temps à l'amateurisme. Les rangs sont heureusement a dimension humaine dans notre propriété, mais en Champagne ou dans le Bordelais, quelquefois on ne voit pas le bout du rang, et psychologiquement il faut se mettre dans un état qui accepte cet infini!

Chez nous... les dimensions sont plus proches de celles que pouvaient avoir les domaines au XVIII° ou XIX° siècle. Le bout de rang arrive plus vite, et l'on peut mieux s'occuper de chaque pied... avec évidemment, comme toute propriété modeste, une plus grande inquiétude financière... mais çà c'est une autre histoire...

lundi 8 mars 2010

Il neige le 8 mars 2010

C'est à marquer sur le calendrier: il neige en Périgord noir un mois de Mars.

Certes, il n'y a pas de manteau blanc comme au mois de Janvier mais on peut voir les gros flocons blancs sur la photo, et j'avoue que de la neige si tardivement... c'est étonnant. Le réchauffement de la planète va peut-être amener un refroidissement en Europe, qui sait? Les cro-magnons qui vivaient à 6 km de chez moi vivaient dans un pays froid où il y avait des mammouths, des ours et des glaciers. On n'y faisait pas de vin, et les plages nudistes étaient vides. On ne se rend pas compte à quel point les conditions climatiques en France ont fortement évolué depuis 10000 ans. Dans quelques années, les vins de Bordeaux ne seront plus que du Champagne, et le Roussillon du Bordeaux...!!! Ou du Rioja... qui sait! En tout cas, nous sommes un peu en retard sur la taille au domaine, et donc ce retard naturel nous arrange plutôt. Bientôt il faudra décavaillonner... et un peu de froid nous convient parfaitement.

vendredi 5 mars 2010

Les migrations

Hier le troisième vol d'oies sauvages est passé au dessus de la vigne

cela veut dire que le printemps est en train d'arriver progressivement. Ce n'est pas le calendrier qui me l'indique, mais bien la nature, qu'il faut observer. Cela ne veut pas dire que nous n'aurons pas des gelées... d'ailleurs, hier c'était la Saint-Adrien et ne dit-on pas "Pour la Saint-Adrien, la glace revient", or il a fait -1° cette nuit et on prévoit des -4° à -6° pour les nuits qui viennent.

Pour ce qui est de la taille, Barbeyrolles est presque fini, il nous reste Les Joualles à faire. On va commencer sans-doute jeudi... il faut finir pour fin Mars. Aujourd'hui, j'ai épandu du guano sur les plantations pour leur donner un coup de pouce. Puis de la farine de plumes pour une partie marneuse, c'est à dire un argilo-calcaire très riche en calcaire actif. C'est un endroit où la vigne se plait bien grâce à un hydratation régulière, la marne étant un bon régulateur hydrique, mais l'inconvénient est que le calcaire actif, peut avoir pour conséquence de bloquer des oligo éléments, particulièrement le fer et le manganèse. Il faut donc bien surveiller cette parcelle, et s'en occuper en acidifiant le sol par des engrais verts et l'apport de soufre et de plumes de volaille.

Je viens de finir l'apport de lithothamne, de gypse, de roches basalmiques et de roches dolomitiques sur une partie où le sol est légèrement acide dû à la présence d'une roche calcaire dont le calcium a été déjà consommé par les plantes qui sont dessus. C'est un sol que l'on dit "ancien", il faut donc redynamiser le sous-sol pour que le calcium qui se trouve plus profondément emmagasiné dans le calcaire soit de nouveau décomposé et ramené à la surface grâce à la multitude de petits animaux (bactéries, vers de terre, champignons, insectes...) qui travaillent dans un sol non abimé par l'agriculture chimique. C'est ce que l'on appelle le chaulage qui se fait généralement avec de la chaux, c'est à dire du calcaire cuit à très haute température, puis épandu sur le sol. En agriculture biologique on chaule préférablement avec du calcaire brut (dolomite ou gypse ou marne), les micro-organismes du sol faisant le reste, mais pour cela il ne faut pas employer de pesticides qui tuent tout ce petit monde qui est constitué par autant de "bras vigoureux" au service du paysan qui sait les employer. Le calcium (carbonate de calcium) va ensuite sous l'effet de l'eau et de tout le mécanisme naturel se transformer en bicarbonate de calcium, ce que nous recherchons dans notre cas. Ainsi, l'action sur le sol et sa structure sera durable, certes moins rapide qu'en utilisant de la chaux, mais bien plus efficace à long terme, et beaucoup moins cher. Pour le Petit Manoir, les première analyses sont intéressantes, les amphores fonctionnent. Le ouillage est plus fréquent au début et il faut surveiller les volatiles car l'oxydation est plus intense que dans le chêne. Il a fallu rectifier le SO2 pour éviter tout accident... on est dans un milieu très peu confiné et l'échange avec l'extérieur est plus actif. Le vin est vivant et il faut s'en occuper comme avec un enfant... particulièrement si on n'utilise pas de moyens modernes de "sécurisation". Tout est affaire de sensibilité... et de vigilence. J'avoue que cela ne va pas sans un petit stress... mais que ne ferait-on pas pour notre enfant!

mardi 16 février 2010

Elevage en amphore

Voilà, le Petit Manoir 2009 va commencer un élevage de plusieurs mois en amphore. Né de l'argile et du calcaire, le terroir du Domaine, il revient se blottir dans des ventres en argile, retour à la terre pour une éducation longue qui se terminera par une mise en bouteille, au moment opportun.

Pourquoi me diriez-vous? Une expérience presque mystique, une sorte de circularité qui, je l'espère, décuplera les énergies d'un vin qui titre à 14,76°. J'aime aussi les barriques de chêne, bois noble par excellence et qui apporte au vin cette profondeur qui quelquefois troque le profond contre le trouble. Tous mes autres vins sont élevés en barrique, mais d'une certaine manière, la barrique c'est le monde moderne, le vin arrive de la terre pour passer dans l'inox, puis dans le bois (un peu de profondeur d'antant), puis la bouteiille pour finir dans le verre. On avance. La direction est clair, il n'y a pas de cycle sauf celui du processus de production qui se passe chaque année à peu près pareillement. Ce n'est pas un cycle d'ailleurs, c'est un phénomène périodique, répétitif. Là, avec la terre cuite, il y a retour à la terre, un cycle se déploie et s'accomplit. Ce cycle rejoins celui des saisons qui ensuite s'amplifie d'une sorte de spirale, où tout revient au même point tout en avançant! Peut-être est-ce un peu taoïste... je ne sais pas... mais j'ai l'impression que mon vin me demande de ne pas achever son sevrage avec la terre mère. Il me semble qu'il a besoin de ce contact fort... en tout cas j'en fait l'expérience. On verra. La terre cuite a aussi un avantage, elle a une oxydo-réduction plus forte que le bois. La respiration est particulièrement bonne à travers l'argile... les échanges avec le milieu sont au maximum, sans parler de la forme de l'amphore qui accroit la circulation des lies. Pour le milieu, j'ai décidé de coustruire un "chai à amphores" en briques (terre cuite), qui sera recouvert de chaux naturelle hydraulique pour l'interieur, et d'un torchis pour l'extérieur, torchis réalisé avec l'argile de la vigne, la paille du blé du Domaine et de la chaux naturelle. Le chais n'est pas fini, il le sera au mois de mars. Le sol n'est ni bétonné ni carrelé, mais la terre est recouverte de castine calcaire... retour de l'argilo-calcaire du terroir. Des allées en "parquet grossier et solide" de bois de chataignier permettront d'utiliser un transpalette. A partir de demain, il faudra surveiller le Petit Manoir comme le lait sur le feu. Pas d'erreur autorisée.

Je vous tiendrai au courant, pour les chiffres: alcool: 14,78%, PH: 3.18, Acidité volatile: 0.38.

mardi 12 janvier 2010

Alerte orange pour cause de neige

Attention, danger, la neige arrive

et oui... voilà ce qu'on entend partout dans les ondes et dans les discutions des gens... la neige, danger national, alerte orange, les bombardiers vont déclencher les hostilités, tout le monde aux abris. Malgré Copenhague, malgré toute la médiatisation sur les problèmes que l'homme est en train de faire subir à la nature... et bien non, alerte orange, la neige est arrivée et elle n'est pas désirée sauf dans les stations de sky.

Heureusement, ma chienne Belle ne s'en soucie pas, au contraire, elle adore çà, c'est une Husky. Elle me fait partager son plaisir de la neige et j'adore, comme tout les maîtres d'husky, la photographier dans son élément privilégié. Autour de nous, tout est arrêté; pas d'école, pas de collège, pas de lycée, pas de poste, pas de gendarme, pas d'épicier... tout est bloqué... nous aussi. Pour la vigne, quel bonheur!

ce qu'apporte la neige à la terre est considérable. En dehors d'une hydratation lente et riche en minéraux, la neige a une très bonne action sur la structure du sol, sur l'humus, sur les mico organismes, tuant certains, rééquilibrant d'autres... un hiver comme celui-là est la promesse d'une bonne année pour le cultures. En Périgord, on dit Année de neige Année de cèpes, on verra bien. En tout cas, paradoxalement, nous aurons surement une baisse des maladies cryptogamiques (qui sont aussi des champignons), et donc moins de traitements... du moins on le dit... mais que ne dit-on pas!

Même le vieux poirier à côté des Bourdalès, semble heureux de ce manteau couleur nuage

Lorsque la neige fond, le sol prend tout de suite une texture grumeleuse, l'air remplace les cavités laissées par la fonte des cristaux, et provoque une aération exceptionnelle de l'horizon arable. Lorsque le printemps arrive, l'activité du sol démarre avec un véritable "turbo".

Alerte orange... l'humus arrive.... au secours... la nature n'a plus besoin de l'homme. Elle se débrouille! Et en plus, que c'est beau... tiens, un sentiment inutile... la beauté... pfff! incalculable dans le PIB. Alerte blanche... la beauté est arrivée... tous aux abris!

samedi 9 janvier 2010

Le Périgord noir sous un manteau blanc

Le Domaine de la Voie Blanche porte bien son nom... sa voie est maintenant tout-à-fait blanche.

Pour y accéder il faut se munir de pneus neige

La seule chose qui réchauffe le coeur dans ce froid de montagne, c'est le tonneau de vin tout seul dans la neige

Tenez, on croirait voir des sapins.... pas du tout, on est en Périgord, c'est des chênes truffiers. D'ailleurs, il sont plus chênes que truffiers, car ils n'ont jamais donné de truffe. Quand à la vigne, elle reçoit la neige avec une certaine philosophie

Le froid arrive, donc une bonne couverture blanche ne sera pas de trop. Les cabernets, les pommiers, le blé et les merlots vont profiter de ce moment de neige et de froid. Il ne faut pas oublier que la neige apporte beaucoup d'éléments nutritifs qu'elle a récupérés dans l'atmosphère. On l'appelle d'ailleurs, l'engrais du pauvre.

Dans le chais, on soutire le Bourdalès qui vient de finir sa malo... ouf!

lundi 23 novembre 2009

Racotage

Samedi, après une semaine de "beau temps", la terre était prête pour racoter et chauler avec du lithothame et de la dolomie (bio oblige). Il a fallu faire vite car la pluie revient et si elle dure jusqu'au printemps! voire jusqu'à l'été!! Surtout que le lithothame gagne à être épandu à l'automne. C'est une sorte de fumure. Le sol actuellement est en pleine activité; combinaison de chaleur et d'humidité. C'est le moment pour qu'il s'intègre bien à la composition du sol avant les gelées d'hiver, et qu'il soit prêt pour le printemps. Pour le racotage, c'est pareil avec toutefois un petit risque: si il fait trop chaud les bourgeons vont vouloir sortir... et le gel les "sèchera". Mais si tout se passe bien, le démarrage est beaucoup plus fort et durable qu'avec une plantation de printemps. Et l'été, il a plus de racines et se bat mieux contre la sécheresse. Cela dit... c'est aussi très risqué. Rien n'est parfait, je dois dire que la perspective de travail et d'hystérie printanière, m'a décidé à racoter maintenant. C'est toujours une opération que je n'aurai pas à faire.

La "famille" s'est donc décider à se réunir...

Le ciel était magnifique. Dans la parcelle de cabernets francs, il manquait des pieds qui à la plantation n'avaient pas démarré ou avaient avorté. Cela arrive, surtout après un été trop sec ou un petit coup de gelée en Avril! Cela ne pose pas de problème si c'est fait assez rapidement, avant que les racines des autres n'est trop envahies la parcelle. Le seul problème c'est qu'il faut faire des trous pour chaque plant!

Mika grâce ou à cause de son jeune âge, a joué de la barre à mine. Il a bien dormi la nuit suivante. Papi Jean-Guy, lui s'est occupé de mettre l'engrais (bio... guano)

et les plants

Je trouve toujours émouvant, la plantation d'un végétal. La rencontre d'un individu et d'une terre, les racines qui vont se déployer, les pampres avec leurs feuilles qui vont aller vers le ciel pour y puiser l'énergie. Tout cela à partir de ce tout petit pied

un étourneau avait décidé de nous accompager, blotti dans un sillon

Quel bel oiseau... mais aussi quel voleur de raisin... la hantise du vigneron. Autrefois, les domaines bordelais payaient des gitans pour garder les vignes juste avant les vendanges. Il les protégeaient des étourneaux principalement et des geais: un oiseau encore plus magnifique que l'étourneau, qui a un vol rasant dans les vignes et qui est aussi un gros gourmant. Il fait, néanmoins, moins de dégats car il ne vit pas en groupe. Pour le Domaine, nous avons opté pour faire appel à un fauconnier. Dans le besoin, il est prêt à venir avec son faucon, et à le faire tourner au dessus de la vigne. Les oiseaux en ont une frayeur qui les fait fuir pour longtemps. Nous n'avons encore jamais eu recours au faucon... si cela devait se produire, l'année prochaine, je vous promets de vous faire partager la "chasse" au faucon.

vendredi 13 novembre 2009

Le blé "Rouge" est semé

Le blé vient d'être enfin semé, entre deux épisodes pluvieux il a fallu ne pas perdre un seul instant.

Comme dans cette magnifique petite peinture médiévale, jean a pris son panier à vendange, et il a semé à la volée la précieuse semence dont le domaine est l'un des conservateurs

photo de 2008

Puis j'ai attelé à mon tracteur vigneron, une herse pour enterrer légèrement le grain. On voit le paysan qui est monté sur le cheval et une pierre posé sur la herse... les temps ont changé, mais des permanences tirent des liens entre eux et nous.

photo de 2008

Gestes qui prennent leur source dans un passé immémorial. La vigne va enfin avoir son ami le blé près d'elle.

On dit qu'il ne faut pas laisser un animal paître tout seul dans un prés. Je pense que pour le végétal, c'est pareil. Il a besoin d'amis, de présence autre que lui-même. Certains disent que la vigne n'aime que l'ombre de son maître... possible! Mais je suis sûr qu'elle aime l'ombre de son maître... et de ses voisines. D'ailleurs, quand, le soir, je fait mine de partir, je les entends chuchoter ensemble... malgré l'extinction des feux! On dit aussi que la présence de pommiers augmente la maturité des raisins. Est-ce vrai? Je ne sais pas, mais je sais que le pommier libère énormément d'éthylène à l'automne. Or, l'éthylène, c'est ce qui provoque la maturation des fruits. Lorsque que l'on cueille des bananes à la Martinique, on les cueille vertes... pour le transport, bien sûr! Puis on les place à leur arrivée en France dans des hangars et on "balance" de l'éthylène sous forme de gaz pour les faire mûrir. Bon, là, c'est de l'éthylène obtenu à partir du pétrole! Mais pourquoi, les anciens plantaient toujours des arbres fruitiers dans leur vigne, et particulièrement des pommiers? Certes, les fruitiers profitaient du travail du sol de la vigne... bon.

Mais je suis sûr que l'interaction des cultures est fondamentale, si l'on cherche la qualité. Et c'est un domaine qui est encore assez peu connu, car toutes les connaissances accumulées par nos anciens ont presque disparu... grâce à la toute puissante modernité... qui a réponse à tout... mais qui a fini par empoisonner nos terres.

jeudi 12 novembre 2009

Labour d'un apallu

Mardi, j'ai décidé de labourer l'apallu de blé.

Il faisait beau, quelques jours de soleil dans un automne qui s'annonce pluvieux... problème pour les semailles. L'apallu, c'est la parcelle de blé qui se trouve au milieu de la vigne.

Un blé ancien: le rouge... tout à fait en phase avec le vin.

Cette ancienne technique me donne beaucoup de plaisir à entretenir. D'abord elle crée de la bio diversité, mais en plus, découvrir une parcelle de blé au milieu des vignes... cela donne un équilibre au paysage. Je suis sûr que l'esthétique de l'oeil n'est pas sans relation avec l'équilibre naturel. Certes, il m'arrive d'admirer un champs de blé à perte de vue... dans la Beauce ou dans le Dakota. L'extrème horizontalité de ce type de paysage provoque chez moi, soit un vertige, soit une sorte de contemplation hypnotique! La sensation d'infini devient parfois ennivrante. Mais en général, la variété des formes et des couleurs naturelles, me procurent, je ne sais pourquoi, une sorte d'appaisement. J'ai l'impression de communier avec l'expérience si particulière de l'équilibre. Lorsque pour la première fois je suis monté sur un vélo et que je réussis à garder mon équilibre en me lançant... le souvenir d'une émotion intense qui clairement dépassait le simple fait de faire de la bicyclette s'est gravé dans ma mémoire. J'avais trouvé cela magique et c'est ce que je cherche dans mes vins. Point de terroir, ni de fruité... point de souplesse ni de charme.... pas de puissance... pas de complexité... pas de minéralité... rien de ce à quoi je croyais autrefois. Je recherche l'équilibre comme un funambule sur un fil tendu au dessus d'un précipice. L'équilibre confronté au vertige de l'espace. Une expérience naturelle en fin de compte... quelquechose qui a avoir avec la fragilité d'un pétal de fleur ou le frôlement d'un souffle d'air sur le visage. C'est pourquoi j'ai décidé de faire l'élevage du Petit Manoir dans des amphores en terre cuite. Echange entre la vigne et la terre, entre le vin et l'argile, entre le fermenté et le cuit. La circularité de l'amphore, une ligne sans fin, et la porosité de la terre cuite... une brise d'oxygène. L'oxydo réduction non pas produite par un cousin lointain de la vigne, le chêne, mais par la terre nourricière! Le blé, les pommiers, les chênes, la vigne... tout pousse, tout doit pousser ensemble dans une sorte de spirale de la fertilité.

Le labour a réussi, grâce à jean, bien sûr... demain je sème!

dimanche 8 novembre 2009

écoulage, décuvage et coulemelles.

Voilà l'écoulage des merlots vient de se faire.

Une fois le soutirage du vin effectué, l'ouverture de la porte à décuver nous donnera du travail pour la journée. La découverte du marc permet de voir si il part à la presse ou au compost

Puis on sort le marc

pour le mettre dans notre cas, dans le pressoir.

Ainsi sort le jus de presse qui sera mélangé au jus de goutte dans des proportions qui seront goutées bien sûr. Une fois le jus de goutte mis dans une cuve à part, il faut laver la cuve à grande eau, pour pouvoir remettre le vin dedans, cette fois-ci, sans le marc. Puis en chauffant la cuve entre 20° et 25°, on priera pour que la fermentation malolactique se fasse le plus vite possible... Il parait que cette année, les "malo" se font bien... wait and see. Après une journée arrassante, un petit tour à la vigne m'a permis de cueillir quelques coulemelles... un bonne omelette aux champignons... un repos bien mérité.

Demain, on travaille dans la maison... il pleut!

dimanche 27 septembre 2009

il fait chaud et beau

Luke vient de nous quitter après une semaine de dur labeur dans la vigne et au chai pour la préparation des vendanges.

venant tout droit de Boston où il vend les bouteilles les plus prestigieuses de l'Olympe viticole, il a décidé de choisir notre domaine perdu pour y faire un travail de vigneron: c'est à dire un travail de forçat, des heures et des heures dans des positions dont les reins ne raffolent pas, en plein soleil, à surveiller et aérer chacun des 10000 pieds de vigne!!

Finalement, la vigne est prête pour profiter du plein soleil qui dure depuis des semaines, et des températures plus que favorables à la maturité des précieuses baies: 11° la nuit, 24° le jour. Le dernier effeuillage des "feuilles sénéscentes" est terminé depuis maintenant 2 semaines, et les équipes de vendangeurs se préparent. Les vendanges commenceront vendredi 2 Octobre 2009 au Domaine de la Voie Blanche avec des merlots du Petit Manoir dont les chiffres mercredi dernier étaient: degrés: 12,3%, PH: 3,29, acidité totale: 4,17, Malo: < 1!!!

Malheureusement luke est reparti et il ne pourra pas faire les vendanges... le moment le plus attendu et le plus joyeux des amoureux du vin. On pensera bien à lui... même si les jours qui arrivent seront totalement fous. La récolte, la moisson, la cueillette, la fenaison sont dans le monde paysan des moments d'intenses agitations. Tout l'esprit est concentré sur la seule chose importante: mettre à l'abris avant l'hiver, les mois de travail du printemps et de l'été. Pas question de penser à autre chose, c'est une question de survie. Les heures, les mois et les saisons de travail vont aboutir à ce moment quelquefois très court 3, 4... 10 jours, ou tout ce temps se contracte dans le but de récolter... suprème joie et frayeur à la fois... anxiété et bonheur... l'ultime fruit tant attendu, choyé, surveillé, aimé... que la nature accepte de partager! Une grêle et hop... tout s'effondre en 60 secondes. Pas d'accident et c'est la joie qui explose.

Avant ces jours d'ébullition, le domaine vit au ralenti... surveille pour la énième fois le matériel, court après les vendangeurs qui n'ont toujours pas répondu... bref: patiente.

dimanche 13 septembre 2009

le retour

Chers lecteurs... quel long silence...! Pourtant je n'ai pas chômé durant cet été, mais le travail était si intense, entrecoupé par de nombreux voyages et des visites...! Pas un moment à moi... à vous.

Bon... bonne nouvelle vous pouvez faire des commentaires sur mon blog. Je crois que la protection anti spams est installée. Pour la vigne, l'été à été idéal avec du soleil et des précipitations au bon moment. résultat:

Beaucoup de belles grappes avec de beaux raisins. Les vendanges étaient mi octobre l'année dernière, elles risquent d'être fin septembre cette année. Mes Bourdalès sur échalas sont aussi très beaux

ah çà c'est la plante, voici le raisin

une grappe compact, des baies serrées, fermes et grosses. Leur maturité n'est pas encore au rendez-vous par rapport au merlot, mais le soleil aidant, la grappe ayant fini sa véraison depuis 2 semaines, elle se charge de sucre de façon impressionnante. Sa vendange sera faite en même temps que les cabernets sauvignons, c'est à dire, bien après les merlots.

Quant au climat, les nuits sont fraiches, 13° et les journées sont magnifiques, plein soleil et une température de 24°. Pourvu que cela dure...! Surtout que notre parcelle du Petit Manoir a reçu de la grêle pendant 30 secondes... résultat: 20% de production en moins avec des problèmes pour les vendanges, un temps plus long pour le tri. Heureusement Barbeyrolles a échappé à l'orage... la nature est quelquefois caractérielle!

jeudi 9 juillet 2009

Après Vinexpo Off, "Ecimage"

Un long silence après vinexpo... pourqoi? Parce que! Parce que le temps est beau! Et que pour le vigneron, cela veut dire une belle vigne... et beaucoup de travail. D'autant plus que les malos ont démarré dans les barriques et qu'il faudra soutirer, laver, réentonner... en plus du relevage, et enfin du rognage et de l'écimage.

Le temp était magniique aujourd'hui

une lumière divine sur la vigne et un paysage tout en espace et en douceur. Je suis arrivé ce matin à la vigne avec la ferme intention d'écimer le merlot. Et pour cause, les pampres vont dans toutes les directions

un passage chez le coiffeur est devenu inévitable. Guillaume a donc attelé la rogneuse au tracteur, formant ainsi un équipage...

d'une beauté toute... pour connoisseurs! Cela parait facile lorsque l'on voit une vigne propre, mais pour le chauffeur, il faut un contrôle qui révèle des qualité de virtuose.

comme on peut voir sur la photo, le tracteur passe à quelques centimètres du rang de vigne, et tout cela à 5 km/h sur un sol qui est loin d'être celui d'une autoroute. Le moindre écart... et hop, il arrache un rang de vigne. Mais le résultat est spectaculaire... quand il rentre dans l'inter-rang

c'est l'anarchie, et après, c'est la coupe classique bordelaise

on pourrait discuter des avantages et des inconvénient de l'écimage, c'est à dire de l'action de couper l'apex. Certains bio-dynamiste refuse de le faire... moi-même j'hésite, mais comment faire les traitements si l'on ne peut pas entrer dans la parcelle? De plus le gain en lumière est évident... et donc en qualité de fruit. La coupe de l'apex oriente toute l'énergie du cep vers les raisins... et les gourmants aussi, je suis d'accord. Mais pour l'aération, c'est quand même très efficace.

dimanche 31 mai 2009

FLORAISON

Voilà, la floraison commence à envahir le merlot, le cabernet franc et le bourdalès

Les inflorescences explosent dans toutes les parcelles. Les plantes sont comme nous, il suffit qu'une d'entre elles se décide pour que toutes les autres, dans un élan collectif irrésistible, emboitent le pas. Nous arrivont déjà à 1/4 de la vigne dans un état de fébrilité pollenisateur...! Les abeilles sont là... avec ces fameux frelons asiatiques qui débarque en Périgord et que nous pourchassons à coup de piège, de bière brune et de sirop. Très étonnament, le vin en barrique est en train de changer, comme si la fleur envoyait des messages imperceptibles au vin pour lui rappeler sa filiation. On n'a pas fini de découvrir des interactions dans la nature, incompréhensibles par nous... savants et aveugles! Il y a une petite histoire de Fukuoka que j'aime toujours à me rappeler: c'est l'histoire de l'aveugle et de l'éléphant... un aveugle touche la trompe d'un éléphant et croit que c'est un serpent! puis il touche son pied et croit que c'est un arbre! no comment!

dimanche 17 mai 2009

ébrouage, broyage...

C'est un moment d'intense travail à la vigne, après l'attachage des plantations fini, il nous faut broyer l'herbe qui pousse partout. Malgré plusieurs desherbages sous le rang de vigne fait en Mars au roto-griffe, l'herbe semble ne pas être d'accord avec nous et souhaite ardemment se réinstaller là où nous ne voulons pas qu'elle s'installe...! Ah, le bio... c'est une belle idée mais pour le désherbage en période de pluie au printemps... une envie de chimique nous démange...?! Demain on essaye le désherbage thermique. Cela semble efficace, mais bien sûr il ne faut pas avoir trop d'herbe, sinon! L'épamprage ou ébrouage devrait commencer mais il faut que je teste le thermique, alors... cela attendra. Pas trop bien sûr, car maintenant les pampres sont faciles à casser... dans 3 semaines ce sera une autre affaire, d'autant que les pampres sont souvent éfficaces pour les primo infections du mildiou! donc danger!!! En plus il faut traiter la vigne car les maladies commencent leur pression. D'ailleurs, il y a des champignons dans les bois... le mildiou devrait faire parler de lui très bientôt. Pour le traitement: purin d'ortie avec un peu de cuivre (homéopathique) et du soufre... toujours avant et au plus près d'un épisode pluvieux, jamais après... avis aux jardiniers pour les tomates, faites pareil. Si vous traitez à la bouillie bordelaise, mettez le 1/5 de la dose préscrite sur votre boite Bayer ou autre, et pulvérisez juste avant une pluie de plus de 5 litres au m2. Il vaut mieux plusieurs interventions à petite dose avant chaque pluie qu'une grosse dose n'importe quand et n'importe comment! sic! Pour la vigne c'est pareil... je l'ai déjà dit. Pour les tomates on peut se contenter d'un semis d'oeillets d'Inde au milieu de vos solénacées. Ca marche très bien à condition de ne pas faire de plaies à la plante par la taille des gourments. Pour le palissage privilégiez un cylindre de 1 mètre de diamètre en clôture à mouton. Plantez la pied de tomate au mileu du cylindre et paillez. Puis, ne faites plus rien avant la récolte qui sera abondante avec de belles tomates mûres! Et oui le bio a du bon, on n'abime pas la plante, on perd pas de temps avec le palissage, on arrose pas.. bref on laisse la tomate se développer toute seule... et on peut faire des siestes! Qui dit mieux? Nous? On n'a pas encore planté nos tomates, elles attendent dans leurs pots... après les saints de glace, c'est-à-dire maintenant! Mais il faut tester le thermique, ébrouer, traiter....! Sans oublier la mise en bouteille d'Alba qu'il faut prévoir, et .... 200 piquets d'acacia à planter dans la plantation de cabernet franc et 500 échalas dans celle du Bourdalès... avec les fils bien sûr... sinon ce serait moins drôle. Bref, le printemps, pas le temps de penser aux amourettes... les oiseaux s'en chargent d'ailleurs, ils chantent comme à l'opéra... moins le chef d'orchestre. La musique des oiseaux le matin à 5h30... c'est tout simplement splendide. On a envie, comme St François d'Assise, de connaitre leur langage... euh, plutôt non... on préfère ne rien comprendre..; qui sait si derrière leur magnifique chant se cache, comme à l'opéra, des paroles d'une trivialité... affirmée. La beauté vaut mieux que la vérité!