Domaine de la Voie Blanche

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mardi 20 juillet 2010

Labour d'été

La saison de travail intense touche à sa fin. La vigne est relevée, épointée, traitée, ébourgeonnée... reste le dernier travail du sol et l'effeuillage. J'ai donc sorti le Chisel pour enlever les herbes et surtout aérer la terre.

Ce cultivateur a une particularité, c'est de posséder des pattes d'oie à la place des dents

Elles permettent de vraiment couper l'herbe au niveau de la racine et de bien remuer le sol. Je le place entre 5 à 10 cm de profondeur. C'est presque un grattage un peu plus musclé. La journée étant très chaude aujourd'hui (on attend 32 à 34°), les herbes ne vont pas résister et vont disparaître. Par contre, le fait de travailler le sol, va avoir pour conséquence de casser le dessus et ainsi, de détruire les canaux par lesquel l'eau du sol s'évapore. L'eau est donc emprisonnée dans le sol au plus grand plaisir de la vigne qui en raffole. Chaleur + eau = maturité. Après cela, il faudra detteler le Chisel et atteler le pulvérisateur... des orages sont annoncés et il faut "couvrir" la vigne avant l'arrivée d'eau. A partir de demain, on commence l'effeuillage à l'Est, pour découvrir les baies du côté du soleil levant et ainsi ne pas les brûler. L'avantage est de commencer à aérer les grappes et enlever les entrecoeurs qui prennent le sucre (carbonne) pour faire des bois... dangereuse concurrence. Une fois la véraison terminée, on effeuillera à l'Ouest pour une exposition maximum au soleil et au vent. Tout ces soins à la vigne, "en sol" et non "hors sol", permettent de rechercher la qualité du vin en jouant avec la nature, sur la terre d'où elle pousse, et de l'accompagner pour qu'elle y puise les minéraux dont elle a besoin, et l'eau qui la fait vivre. Dans le chai, pas de produit chimique... le minimum sera fait, celui d'accompagner le cycle naturel de fermentation et d'éviter les dégats... c'est tout! C'est comme si l'on voulait améliorer sa beauté en surveillant son alimentation et en faisant de l'activité physique... au lieu de faire de la chirurgie esthétique! Bref! pas de silicone!... d'ailleurs, j'ai horreur des "vins siliconés".

dimanche 9 mai 2010

L'exil du vin français

Alors que plusieurs pays d'Europe et de la planète vont avoir des télévisions sur la bière, les alcools forts et le vin... la France; grâce au progrès de sa société, a interdit, par l'intermédiaire du CSA, la création d'une télévision dédiée au vin...!!! Le vin... symbole du sang du Christ qui dans un calice d'or serti de pierres précieuses était levé au ciel devant une foule prosternée... l'un des fondements de notre civilisation... le vin n'est plus le bienvenu dans notre pays... nous qui l'avons amené à un si haut degré de perfection. Douce France... le pays de mon enfance... que t'arrive t'il? Pourquoi remplaces tu une inquisition pas une autre... au nom du Bien! Pourquoi veux-tu fouler au pied ce que ton talent magnifie? Pourquoi tournes tu le dos à ce qui a fait ton prestige et qui a rendu ton style de vie si envié... et copié à travers le monde? Toi, dont le peuple a l'une des espérances de vie les plus longues de la planète, pourquoi te laisses tu manipuler par l'hygiénisme extrémiste? Toi dont le mode de vie est fait de convivialité, de partage, d'échanges, de fêtes, de plaisirs de la table... bref d'entente entre les Hommes... pourquoi acceptes tu d'évoluer vers la violence d'une société anglo-saxonne, faite de libéralités, de ghettos communautaires et d'interdit moral? Tu cherchais l'harmonie, tu installes le rapport de force. Tu cherchais le partage, tu t'engouffres dans la compétition. Tu admirais le savoir faire, tu auras le technicien. Tu avais foi en ton terroir, tu es devenu hors sol. Tu croyais en l'Homme, tu ne crois plus qu'au consommateur... un espèce de zombi, entièrement dominé par ses instincts, immature et irresponsable. Alors voilà... une loi est là pour nous protéger car nous sommes devenus des zombis... oui! je te l'annonce, toi, vieux peuple de France... toi qui a tant rêvé d'universalisme, de lumières, d'humanisme, de sagesse, d'esprit et de bon vin... tu as capitulé devant ce que tu détestais le plus... Ainsi, papa Evin qui pense que nous sommes devenus tellement idiots, nous l'a bien concocté cette loi. Et grâce à elle... cette télévision... comme Hugo, va s'exiler... à l'étranger. Combien de temps nous restera t'il avant que l'on interdise la production de vin dans l'hexagone? Le compte à rebours a commencé.

lundi 8 mars 2010

à votre santé

Vous allez me dire que je m'acharne... non! Juste un point à remarquer et je vous promets de ne plus revenir sur ce sujet. Le parlement vient de créer une commission d'enquête sur la grippe H1N1. La France a commandé 100 millions de vaccins, 50 millions ont été rendus (ou n'ont pas été acquis), 4 millions ont été effectivement administrés à la population, ceci après que le professeur Debré ait parlé en Septembre de grippette! 45 millions sont... je ne sais pas où? Je vous rappelle que c'est la même équipe, Madame Roseline Bachelot en tête, et tout son cabinet, qui avait sorti, l'année dernière, cette annonce désastreuse sur le vin et la santé, s'appuyant, comme pour la grippe sur des institutions expertes, et bien entendu, n'écoutant pas les avis divergeants. Quand je vous dit que nous sommes gouvernés par des "pieds nicklés"... je l'assume, et je ne suis pas le seul à le penser. Pour les experts: quelques infos. Ceux de l'OMS qui ont excité la planète avec leur grippette, ils sont tous liés de près ou de loin aux groupes pharmaceutiques, les Etats ayant abandonnés leurs recherches en matière biologique (biologie moléculaire...) au secteur privé. Il n'y a donc plus de scientifiques de haut vol, et donc experts potentiels, qui soient dans le secteur public et donc indépendant des interêts privés. On a donc recourt à ceux qu'on trouve! Constat accablant. Pour la lutte contre le cancer, l'Etat en fait une priorité et donc paie des médecins et chercheurs dans ce but très louable et qui nous concerne tous. Mais quand vous payez des gens, il faut qu'ils produisent des résultats. Et comme les progrés en matière thérapeutique stagnent quelque peu... et bien il faut bien justifier les énormes sommes d'argent que l'Etat déverse sur ce secteur... et voilà comment une décision de communication stupide va peut-être faucher de nombreux viticulteurs. C'est ce qu'on appelle faire diversion pour produire du résultat à tout prix. Il me semble que la démission de Roseline Bachelot s'impose... l'intérêt des uns allié à la lâcheté des autres ne peuvent que générer de véritables catastrophes. Le problème est l'alliance de politiques professionnels qui n'ont aucune conviction hormis leur carrière, et une techno-structure qui a abandonné le service de l'Etat au profis de leur avancement personnel. Je ne rêve pas, bien sûr, les hommes sont les hommes... ici c'est une femme d'ailleurs (comme quoi la femme est l'avenir de l'homme disait le poête... possible à condition qu'elles ne se conduisent pas comme les hommes). Bon, on veut un Etat faible... OK! Alors on aura des politiques lâches et des fonctionnaires peu rigoureux. En fait, je ne rêve pas du tout, je suis seulement nostalgique. Il n'y a pas si longtemps, pourtant, notre pays avait des hommes politiques forts et des serviteurs de l'Etat intransigeants et responsables. C'est grâce à cela qu'on a eu l'école publique, la recherche, les institutions de santé, nos infra-structures, nos grandes entreprises... et les AOC, il ne faut pas l'oublier. On dit qu'on a les gouvernants qu'on mérite... c'est cette image de nous-même ou de moi-même qui me fait le plus mal.

mercredi 17 février 2010

autre citation

"Des chercheurs qui cherchent, on trouve, des chercheurs qui trouvent, on cherche." Charles de Gaulle.

jeudi 21 janvier 2010

French Paradoxe

Et oui, après des attaques en règle de nos ligues "de bonne vertu" réaménagées en "ligues contre l'épicurisme", et, plus grave, un coup très dur porté au vin par notre propre Ministère de la Santé, l'INSERM, c'est à dire un des organismes de recherche scientifique les plus prestigieux d'Europe vient de montrer que le vin rouge, bu raisonnablement, était bon pour la santé. Clicker ici French Paradoxe

Ne boudons pas notre plaisir... nous nous doutions que depuis 6000 ans, l'Homme savait que le vin était bon pour le moral, bon pour la sociabilité, bon pour la santé et je l'espère bon tout court! Maintenant nous en sommes scientifiquement sûr... bon, c'est vrai... on a scientifiquement prouvé beaucoup de conn... ! Mais enfin, les scientifiques ont quelquefois raison... et aujourd'hui... çà nous arrange.

Peut-être que les français arrêteront un jour de dénigrer ce qu'ils font de mieux, et de détruire ce qu'ils se donnent tant de mal à produire. A l'étranger, on nous regarde avec beaucoup de curiosité... avec de l'admiration, parfois... et de la consternation, souvent. Un américain me parlant de son étonnement face aux attaques des autorités médicales françaises contre le vin me dit "A quand des recommandations ministérielles sur le manque de fiabilité des Airbus?... on pourra vous vendre tous nos Boeing bourrés de vin californien". On appelle cela: se tirer une balle dans le pied. A quand mettra t'on des gens compétents à la tête de notre pays. J'ai l'impression qu'on est gouverné par une bande de pieds nicklés...! Bon, je m'emporte... promis, je ne recommencerai plus.

lundi 28 décembre 2009

Dégustation de vins USA

A Tarrytown près de New-York, petite dégustation de vins locaux... du Nouveau Monde bien sûr! Pour commencer un Pinot Gris 2007 du domaine Eyrie Vineyard. Un vin clair, d'une brillance délicate avec une droiture qui me plait particulièrement. Très frillant, avec une acidité présente sans dureté et des parfums de fleurs vraiment séduisants. Je n'ai pas réussi à identifier les fleurs... il faut que je me perfectionne, je l'avoue. Il m'a fait pensé à nos Montravels blancs, vieille appellation du Périgord, lorsqu'ils sont réussis. Un vin sans prétention, ni vulgarité avec une belle finesse.

Puis, un Zinfandel Terraces 2006 du domaine Quarry Vineyard dans la Napa Valley. Très beau vin d'une couleur profonde et intense de ruby, des parfums de cuir, de poivre et de fruits rouges qui font penser au merlot très étrangement, une bouche ample et savoureuse avec des tannins bien enrobés qui indiquent une vinification parfaitement maitrisée. Une belle longueur dans le fruit... je dirai griotté. Le Zinfandel est un cépage que l'on ne connait pas en France. Il vient je crois de Croatie, c'est à dire de l'aube des temps humains. Il a fait fureur en Californie où on le cultive dans des régions fraiches comme celles proches de la baie de San Francisco. Celui là vient de Napa qui a un climat plus chaud, d'où son taux d'alcool de 15°7!

Pour finir, un Malbec Gran Reserva 2000 produit par Dolium en Argentine, qui m'a enthousiasmé. Le malbec est un cépage que l'on connait bien chez moi et chez mes voisins de Cahors. Mais là... chapeau bas. Je dois dire que je n'ai pas bu de malbec de cette puissance dans ma région. Le malbec fait partie de la famille des Folloïdes, comme la mérille et bien d'autres cépages du coin. Les Folloïdes viennent d'un lambrusque qui tient son origine du Quercy. Autant dire que c'est vraiment un cépage d'ici. Mais visiblement, c'est en Argentine qu'il donne le meilleur de lui-même, comme quoi, il faut partir quelquefois de chez soi pour s'épanouir. La couleur de ce vin était sombre, presque opaque. Au nez, des fruits presque surmuris avec des notes de chocolat et de tabac. La bouche était ronde et chaleureuse, parfaitement équilibrée avec des tannins soyeux. Pas un milligramme de goût végétal, ni d'amertume désagréable... quelquefois la signature du malbec. Paradoxalement, avec cette couleur très sombre, je m'attendais à un fruité de type fruits noirs comme la mûre ou le cassis... pas du tout, c'est le fruit rouge comme la cerise qui m'a frappé. Une longueur délicieuse et infinie... la preuve que le malbec peut atteindre la grande classe.

Les prix des deux premiers vins ne dépassaient pas 10€ à 11€! Le troisième, je ne sais pas, on me l'avait offert. Mais il faudra remonter les manches, car la concurrence est rude. Ah oui, peut-être que le lieu a côté duquel j'ai dégusté ces bouteilles a joué sur mes impressions... un lieu sombre et inquiétant

faisant penser aux couleurs mortuaires du Cavalier sans tête de Tim Burton

et oui, j'étais juste à côté de Sleepy Hollow... un frisson de peur qui peut-être a décuplé mes sensations... enfin! je l'espère, sinon... !!!

mercredi 23 décembre 2009

Rats des villes, rats des champs

C’est toujours un étonnement de visiter New-York. Cette ville ascensionnelle qui produit une impression à la fois d’écrasement tant on se sent petit, et d’aspiration ascendante, à force de regarder vers le ciel. Jamais une ville m’oblige à autant basculer ma tête en arrière. La sensation est d’ailleurs étrange car c’est un vertige à l’envers qui me nargue. J’ai plusieurs fois failli tomber en contemplant sur le trottoir les vertigineux gratte-ciels. Comble du ridicule ! Et pourtant, tout à l’air de s’inverser dans cette ville issue d’un imaginaire de science fiction. L’ostentation du luxe voisine avec l’invention géniale. C’est la cupidité qui cousine avec la créativité… mariage d’un nouveau monde. Tout est artifice à commencer par les arbres dont les feuilles tombées sont remplacées par des bourgeons lumineux... le printemps artificiel

Les immeubles sont devenus lumières…

et pourtant la ville lumière, n’est-ce pas Paris ? Un passage à 67 Wine pour acheter quelques bouteilles… « du nouveau monde » bien sûr !

Puis un tour à Sonoma William, pour le plaisir de voir un des plus beaux étalages d’ustensiles de cuisine…

et de pianos dont un superbe Lacornue, ici,

bref le rêve d’un amateur de cuisine et de bons plats. Qui a dit que les américains se foutaient de la bouffe ? Après quelques dîners chez des amis et quelques restaurants visités… il me semble évident que l’Amérique s’est largement plongée dans le monde de la gastronomie. Cet Art de vivre, typiquement français, italien, japonais ou même chinois, est devenu américain. Dans le prochain blog, je rendrai compte d’une dégustation de vins « milieu de gamme » comme on dit… dont le niveau de qualité peut inquiéter certains vignerons peu consciencieux de notre vieux pays. Je n’ai pas voulu seulement rester à New-York même mais aussi visiter une ferme… déformation d’un viticulteur qui ne peut se passer de campagne. Au Nord de la ville se trouve la ferme de Stone Barns : qui alimentait la famille Rockefeller en produits frais.

Certes, c’est l’hiver et la neige se préparait à tomber, le ciel était bas, pas de soleil à l'horizon,

mais l’organisation de cette ferme en agriculture biologique est impressionnante. Les bâtiments ont l’air d’être inspirés par les cloîtres des abbayes chrétiennes.

La nature redevenant source de sacré. Une vigne en haut des parcelles de légumes produisait autrefois du vin.

Maintenant, seul les raisins de tables sont cultivés. Napa et Sonoma ont brisé l’ancienne treille.

Dans le bâtiment principal se trouve un restaurant 3 macarons, alimenté entièrement par la ferme.

Comble de l’exception culinaire dans le pays des flux tendus et des imports/exports, le restaurant au milieu de sa matière végétale originaire comme le château viticole au milieu de ses vignes. Quel contraste avec la ville voisine ! L’Amérique a plusieurs visages… comme toujours nos préjugés simplifient tout.

samedi 12 décembre 2009

Le vin sans soufre n'est-il pas contre le terroir?

Bon, d'accord, j'admets que le titre sent le soufre! Mais je me suis posé cette question en lisant le livre de michel Bouvier, Les saveurs du vin antique. Le terroir c'est quoi? Finalement tout le monde a ce mot à la bouche... il faudrait bien savoir de quoi il s'agit. D'après de nombreux amis vignerons, c'est l'alliance d'un sol géographiquement situé, d'une production agricole ayant une histoire (noix du Périgord, camenbert de Normandie, huile d'olive de Noyon...) et de l'homme qui fait le terroir. Cette proposition me convient mais pose pleins de problèmes. Le sol... Ok, la production agri... je comprends... mais l'homme? Est-ce l'homme en tant qu'habile artisan? L'Homme en tant que civilisation et donc tradition historique? L'homme en tant que technicien (type oenologue)? L'homme amoureux de sa terre? L'homme amoureux du vin? L'homme amoureux de sa vigne? l'homme perpétuant ce que ses pères, grand-pères, arrière-grand-pères, ailleuls, lui ont inculqué? L'homme respectant le fruit? l'homme respectant l'environnement de la vigne? l'homme respectant la santé du consommateur? L'homme innovant?... ouf! difficile de le définir ce troisième terme. Très souvent vient l'idée de "respect de la tradition et de l'identité"... tiens... je te tiens, tu me tiens, il se tient... par la barbichette. Mais alors quelle tradition... le vin jaune du Jura... d'accord. Un vin jaune fait avec la même technique qu'un Muscadet... non! Mais s'agit-il d'une tradition récente, ancienne, très ancienne? A quel degré d'ancienneté se situe la tradition? Le Bourgogne s'est toujours fait plus ou moins dans des barriques de chêne neuves, pas le Bordeaux. Pourtant, Les gens de Bordeaux qui parlent le plus de terroir ont leurs caves pleines de tonneaux neufs. La tradition du Roussillon a toujours été de faire des vins passerillés pendant l'antiquité ou muté aux siècles derniers... pas le magnifique Clos des Fées, ou le splendide Mas del Rey. Et je rappelle que les vins issus de raisins passerillés se buvaient coupés avec de l'eau chez les romains et les classes supérieures gallo-romaines. Les romains se moquaient d'ailleurs des gaulois qui buvaient le vin... pur, comme ils le faisaient avec la cervoise!! Il y a dix ans, lorsque j'ai voulu restaurer un vieux bâtiment du Domaine, étant dans un lieu protégé par les Architectes des Bâtiments de France; sur le plan qui était proposé, l'architecte du Ministère m'avait demandé de changer la porte d'entrée pour la mettre aux normes des portes traditionnelles du Périgord. Or, cette porte était l'une des seules que mon architecte avait conservé en l'état. Sa forme avait bien 300 ans!!! Autre exemple pris dans la musique: Pierre Boulez dirigeant du Wagner à Bayreuth, temple de la musique allemande, avait été violemment attaqué par les critiques allemands et les musiciens de l'orchestre, pour ne pas avoir respecté la tradition des tempos immuablement exécutés, et d'avoir dirigé Wagner trop vite. Jusqu'à ce qu'un musicologue découvre que Wagner lui-même exécutait ses oeuvres à des tempos encore plus rapides que ceux de Boulez! La tradition reposait donc sur une erreur communément acceptée par tous les allemands, erreur qui s'était glissée au cour du XX° siècle. Les grands chefs allemands wagnériens avaient tord, le chef français ultra-moderniste avait raison! Alors, la tradition? Peut-on la questionner? Je viens au vin sans soufre... ou au vin naturel!

Je ne veux pas m'engager sur une critique qualitative... j'ai bu des vins sans soufre délicieux et surprenants comme ceux de Cyril Dubrey ou d'Iris Rutz-Rudel... et d'autres absolument infectes! Tout est affaire de chance. Mais, un vin "naturel" respecte-t'il le terroir? Si le terroir flirte un tantinet avec l'Histoire, il y a eu du vin sans soufre... mais apprêté avec... d'autres substances... pas toujours inoffencives. L'une des techniques antiques consistait à mettre de l'Alun; c'est à dire un double sulfate d'aluminium! Ou, on y ajoutait de la poix qui est extraite par distillation de la résine de cyprès. Ou de la crapula, résine que l'on obtient par ébullition. On pouvait aussi mettre de la fleur de Gypse, qui comme son nom l'indique est une concrétion de sulfate de calcium et de cristaux d'aragonite. Le plus étonnant est l'ajout de marbre??? pas celui de Carrare... on voit que l'art du vin rejoint l'Art tout court! Mais les deux techniques les plus connues sont l'eau de mer et le plâtre!!! Et ouai! Hummm un bon Chambertin au plâtre Lafargue. Tiens, que diriez-vous d'un Latour à l'eau de mer... mais seulement celle d'Arcachon... qui est en AOC? Délicieux n'est-ce pas? Surtout après une marée noire... çà rajoute des parfums goudronnés! Je passe sur la cendre et le miel pour arriver enfin à notre question: le soufre. Et bien Pline dans son Histoire Naturelle, au volume XIV, page 129 préconise... le soufre! On est en pleine antiquité romaine. Il reprend, d'ailleurs, une indication de Caton... encore plus ancienne. Le terroir peut avoir plusieurs images.

Et il me semble que depuis Pline l'ancien, le nombre d'habitants dans la "zone vinique" de la Méditerrannée a plutôt été multiplié par 1000 avec une espérance de vie qui a plus que doublé! Donc, le vin sans soufre... oui, mais pour la recherche de nouveaux arômes ou la revendication d'un vin quasi naturel et non pour l'expression du terroir ou pour la santé du consommateur. Il me semble que la notion de terroir a affaire avec l'histoire d'une tradition... qui peut être contestée. C'est la nature contre le terroir!!! Après tout, un sol mal travaillé peut relarguer des atomes d'aluminium ou de fer ferrique, extrèmement dangereux pour la santé, comme une tradition peut receler des pratiques douteuses! Dans les caves du Domaine, le Petit Manoir 2008 est sans soufre actuellement. Si il n'y a pas de déviations olfactives ou de problème d'oxydation... il sera mise en bouteille tel quel. Si un tout petit problème commencait à emerger... hors de question de priver le consommateur du plaisir de le boire (... bon! c'est vrai, je m'avance un peu... que voulez-vous... c'est l'orgueil... ), ou de le vendre en disant au client que certaines bouteilles risquent d'être abimées. J'agirai pour le protéger. Pour moi, c'est évident que je cherche à entrer en résonance avec mon milieu... disons naturel. C'est un terroir, indéniablement, mais ni l'éco-idéologie, ni la terro-attitude ne me guident. Simplement le désir de faire le mieux possible, de respecter la terre qui m'accueille et de surtout faire un bon vin

lundi 7 décembre 2009

Phrase glanée

Alain Finkelkraut: "Depuis Marx on a voulu transformer le monde, ne pourrait-on pas dire maintenant qu'il faut l'épargner!"

jeudi 26 novembre 2009

De la bio... ?

Je reviens tout juste d'une journée technique à Monbazillac, organisé par Agrobio Périgord et l'ITAB (institut technique de l'agriculture biologique).

La salle de conférence était pleine... avec les stars de la vitibio du Bergeracois... et deux paysans du Périgord noir (j'ose à peine dire deux croquants!), Guillaume Brujon des vins de Domme et moi-même. Sur la scène, des conférenciers venus des 4 coins de l'Europe, et bien sûr Gérard Ducerf... l'incontournable détecteur des carrences du sol à travers les plantes. L'après-midi, Xavier Langlet (ministère de l'Agriculture), chemise sombre, veste noire, pantalon noir, chaussures noires, regard noir, cheveux style coupe commando est venu nous expliquer que les PNPP (purins d'orties...) étaient tolérées (le décret du ministre était dans les "tuyaux") et que seules les molécules homologuées étaient autorisées, sinon... délit... silence! + invectives d'un viticulteurs faisant des purins... consternation de l'assemblée et reproches de la modératrice à l'encontre du paysan... comme quoi nous étions civilisés et que l'on ne pouvait pas accuser sans preuve le Ministère de connivence avec les labos phytos! Vous voyez l'ambiance... et moi qui rêve de nature au fond de mon Périgord noir, au milieu de ma vigne qui est au milieu de nulle part...

Ensuite, le Pr Cedric Bertrand (labo de chimie des biomolécules, Université de Perpignan) nous a démontré que les prêles utilisées en viticultures bio étaient toutes différentes, et que l'on n'était pas sûr d'avoir un approvisionnement stable et homogène... que les décoctions elles-mêmes n'étaient pas stables et changeaient totalement de composition d'un jour sur l'autre et que l'on ne savait pas l'action réelle qu'elles avaient sur le vignoble... et que l'on avait pas le temps de faire les recherches... ni l'argent!... sic.... et snif!

Gwenaëlle Le Guillou nous a démontré que les coûts de production en viticulture faisaient qu'on ne pouvait que s'appauvrir... merci, on sait... et peut-être que ceci (les coûts) explique cela (pas d'argent pour la recherche)... heureusement qu'il me reste assez de vin dans mes cuves pour éviter la déprime... par l'ivresse bien sûr! Georg Meissner, tout droit venu d'Allemagne, nous a fait part de la force de frappe allemande quant aux recherches sur la viticulture bio: Labo de l'Université de Gesenheim orienté sur un programme à long terme!!! avec une dizaine de chercheurs plus un floppée de thésars... des liens avec des centres d'étude un peu partout en Europe... un protocole scientifique rigoureux, plusieurs hectares de vigne à leur disposition, des machines en imagerie pour les analyses... ouf! Arrêtez le massacre... le chercheur français à ma gauche venait juste de garer sa trottinette!.. il a fallu que je le réanime et le Professeur Bernard n'a toujours pas d'argent pour étudier la prêle. La fin de la journée s'est terminée par l'exposition par Monique Jonis du futur cahier des charges européens pour la vinification bio... et une belle foire d'empoigne entre ceux qui veulent tout interdire sauf le jus de raisin et ceux qui veulent presque tout permettre sauf le DDT! Suivi d'un débat sur le soufre.... je n'en dit pas plus!

Heureusement qu'il y avait la matinée avec mon ami éric Maille, le grand Gérard Ducerf et un italien passionnant Enzo Mescalchin... mais je vous en reparlerai plus tard.

mardi 27 octobre 2009

La double peine

Oh! ne vous effrayez pas... point de prison dans ce papier... la formule est choquante... il y a de quoi, un délit / une peine... c'est juste, deux... bonjour les dégats! En fait, au domaine nous sommes entre deux horizons: la fin des fermentations avec 3g pour le Petit Manoir et 4 g pour la Métairie. On approche de la fin... l'angoisse s'estompe... mais le travail de la vigne se profile... deuxième horizon, il faut penser à labourer le vignoble pour préparer les semis d'engrais verts; vesces, féveroles, avoine, trèfles blancs et autres capteurs d'azote, de potasse et de phosphore. C'est le début de la schizophrénie: les écoulages de 2009, les travaux du sol de 2010. On oscille entre les deux... demain, je fais le labour... euh non!... je soutire... euh! les sucres ne sont pas finis... bon!... je laboure... ouai... mais la terre n'est pas prète... peut-être demain après-midi?... bon... mais je peux écouler au moins la première cuve... pas sûr... et si il pleut dimanche, il vaut mieux labourer demain... oh! zut! que dois-je faire? Allo roland! tu laboures... non je suis au resto! ah! tiens, pourquoi pas... et si j'allais au resto.

Oh! je vous rassure, vous pensez que c'est toujours comme ça?... et bien oui, c'est toujours comme ça! Mille choses à faire. Que voulez-vous, le travail de vigneron c'est du sol à la bouteille. On traverse des cycles de production qui généralement sont séparés dans le monde économique normal. On appelle cela de la concentration verticale... c'est à dire que l'on contrôle toutes les phases de production, du fruit à l'étiquette de la bouteille. On aurait pu faire de la concentration horizontale... c'est-à-dire de se spécialiser dans un domaine: fruit, vinif, mise en bouteille, commerce etc... et de s'agrandir en achetant le plus d'entreprises jumelles... mais enfin!... on est bête... on n'a pas compris le monde moderne. On veut créer une identité, s'engager auprès des gens, être responsable de notre travail, être différent et donc dialoguer avec les autres... bref, un acte de foi et un acte créatif. bbfffff! foutaises. le sérieux c'est la spécialisation bien gérée. Et ouai! Je le sais... mais ça m'ennuie! que voulez vous! Ce soir, j'hésite sur ce que je ferai demain. Si je n'avais pas cette diversité, je serais sûr de mon travail le lendemain. Je n'aurais plus de surprise. Je serais dans les normes. Je serais rassuré. Je serais... emprisonné dans un carcan de certitudes. La nature ne serait plus mon interlocutrice... l'habitude me commanderait. Je ne serais plus moi... mais un clone... parmis tant d'autres. J'ai le choix entre la prison et la double peine! Heureusement la lumière

les couleurs

Que la nature est belle... l'hésitation c'est le doute... le doute c'est la vie

jeudi 22 octobre 2009

dicton

Entendu ce soir à la radio: "La terre n'est pas un hypermarché! c'est notre maison!" Gloria Friedmann

lundi 19 octobre 2009

l'Alba

Dernière vendange... qui termine par l'Alba, un vin... non liquoreux, non moelleux, non sec, ... bref difficile à caratériser. Les vendanges sont toujours faite avec en gros 1/3 de grains botrytisés et le reste... sains, ceci afin de préserver l'élégance. Vendange faite ce matin avec -1° de température

cela change des images des merlots avec 30° au soleil... mais aujourd'hui, le soleil était bien là... mais un soleil glacé qui augure d'une belle vendange même si notre fidèle équipe, n'a pas voulu se mettre en T-shirt

On reconnait à peine Ruben, totalement emitouflé, ni Erling, qui cache sa chevelure de rasta. Les sauvignons ont été vendangés en premier avec ce pourcentage que l'on perçoit bien sur la photo

les sémillons ont tout de suite suivi

bien sûr après le repas...

froid...! Malgrè ces conditions de travail inacceptables, la bonne humeur étaient bien présentes

ce surplus d'humanité qui doit se ressentir dans l'Alba... un vin aux reflets de soleil et d'or... et qui se boit frais, comme ce jour de vendange: froid et lumineux. Le pressoir vient tout juste d'entrer en action pour un travail qui va durer toute la nuit. Demain matin le maitre de chai sylvain pourra enfin le clarifier et le mettre dans des barriques bourguignonnes neuves de chez Rousseau... le système "piano" bien entendu, avec la double chauffe. Il fermentera à basse température dans ces bourguignonnes... là aussi, une originalité en Aquitaine.

A bientôt notre équipe de vendangeurs... le domaine vous attend l'année prochaine pour continuer ce cycle éternel que la nature nous offre... cycle fertile et vertigineux

et bon appétit

jeudi 17 septembre 2009

Le desert des Tartares

Certains d'entre vous ont certainement lu ce petit livre impressionnant qui parle d'un homme arrivant dans un fort aux confins du desert et qui attend une hypothétique attaque de l'adversaire. En fait, rien arrive, et tout le livre déploie une narration savante sur le vide... mais pas un vide... vide... mais un vide tendu, angoissant et dense. Tant de mots alors qu'il ne se passe rien. Et bien c'est ce que je vis actuellement. J'attends que les raisins murissent. Après une accélération due au superbe 30 derniers jours, la maturité est legèrement ralentie aujourd'hui. Nous qui pensions vendanger la semaine prochaine, je crois que nous allons finalement le faire début Octobre. Le raisin est magnifique... nos yeux sont contamment tournés vers le ciel, comme si notre regard allait projeter une énergie bienfaisante sur l'incontrôlable nature. Il a plu hier; 7 mm, et nous attendons de la pluie pour le week end. Ce matin le brouillard est monté jusqu'à nos hauts coteaux, ce qui est excessivement rare en Automne. Il semble que tout s'est arrété ou suspendu. La vigne est patiente... je n'arrête pas d'y aller, d'enlever une feuille par ci ou par là. Je crée une fausse activité pour oublier qu'il n'y a rien à faire qu'à attendre!

la lumière est cristalline... elle apporte une chaleur métallique et franche. Le vin sera t'il influencé par cet orfèvre?

lundi 13 juillet 2009

Chai

Le chai commence à recevoir les nouvelles cuves Lejeune... faites sur mesure bien sûr.

Il faut les amener avec un camion et je dois dire que pour arriver devant le chai, il faut passer à travers un bois... il a fallu démonter sur le camion la potence pour traverser la forêt. Une fois placé devant le chai, après moultes manoeuvres, seul le bras hydraulique peut soulever la cuve

puis il faut la coucher pour entrer dans le chai

On n'imagine pas les problèmes pour placer les "machines outils" et il faut beaucoup de doigté et d'expérience de la part du transporteur pour savoir ce qu'il faut faire. Si il échappe la cuve....!!! on imagine la catastrophe. Dans le chai, pas facile non plus. Il n'y a pas beaucoup de place pour redresser la cuve et là... tout se fait sans bras hydraulique n'y palant

Finalement tout se passe bien, on va pouvoir branchr la cuve sur le système de réchauffement et de refroidissement. Car en effet, ce que j'aime dans ces cuves est la possibilité de refroidir ou de réchauffer la vendange, grâce à des serpentins en inox qui sont soudés de façon helicoïdale autour de la cuve. C'est là que l'on mesure la distance entre un cuvier ordinaire et un cuvier de haut de gamme. Au Domaine de la Voie Blanche on n'a voulu prendre que du Patrick Lejeune... c'est pour rechercher le maximum de souplesse et essayer d'atteindre l'excellence, il faut pour cela un matériel irréprochable.

Cette excellence nous la devons a ceux qui nous font confiance... le Domaine s'y engage.