Domaine de la Voie Blanche

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 28 décembre 2009

Dégustation de vins USA

A Tarrytown près de New-York, petite dégustation de vins locaux... du Nouveau Monde bien sûr! Pour commencer un Pinot Gris 2007 du domaine Eyrie Vineyard. Un vin clair, d'une brillance délicate avec une droiture qui me plait particulièrement. Très frillant, avec une acidité présente sans dureté et des parfums de fleurs vraiment séduisants. Je n'ai pas réussi à identifier les fleurs... il faut que je me perfectionne, je l'avoue. Il m'a fait pensé à nos Montravels blancs, vieille appellation du Périgord, lorsqu'ils sont réussis. Un vin sans prétention, ni vulgarité avec une belle finesse.

Puis, un Zinfandel Terraces 2006 du domaine Quarry Vineyard dans la Napa Valley. Très beau vin d'une couleur profonde et intense de ruby, des parfums de cuir, de poivre et de fruits rouges qui font penser au merlot très étrangement, une bouche ample et savoureuse avec des tannins bien enrobés qui indiquent une vinification parfaitement maitrisée. Une belle longueur dans le fruit... je dirai griotté. Le Zinfandel est un cépage que l'on ne connait pas en France. Il vient je crois de Croatie, c'est à dire de l'aube des temps humains. Il a fait fureur en Californie où on le cultive dans des régions fraiches comme celles proches de la baie de San Francisco. Celui là vient de Napa qui a un climat plus chaud, d'où son taux d'alcool de 15°7!

Pour finir, un Malbec Gran Reserva 2000 produit par Dolium en Argentine, qui m'a enthousiasmé. Le malbec est un cépage que l'on connait bien chez moi et chez mes voisins de Cahors. Mais là... chapeau bas. Je dois dire que je n'ai pas bu de malbec de cette puissance dans ma région. Le malbec fait partie de la famille des Folloïdes, comme la mérille et bien d'autres cépages du coin. Les Folloïdes viennent d'un lambrusque qui tient son origine du Quercy. Autant dire que c'est vraiment un cépage d'ici. Mais visiblement, c'est en Argentine qu'il donne le meilleur de lui-même, comme quoi, il faut partir quelquefois de chez soi pour s'épanouir. La couleur de ce vin était sombre, presque opaque. Au nez, des fruits presque surmuris avec des notes de chocolat et de tabac. La bouche était ronde et chaleureuse, parfaitement équilibrée avec des tannins soyeux. Pas un milligramme de goût végétal, ni d'amertume désagréable... quelquefois la signature du malbec. Paradoxalement, avec cette couleur très sombre, je m'attendais à un fruité de type fruits noirs comme la mûre ou le cassis... pas du tout, c'est le fruit rouge comme la cerise qui m'a frappé. Une longueur délicieuse et infinie... la preuve que le malbec peut atteindre la grande classe.

Les prix des deux premiers vins ne dépassaient pas 10€ à 11€! Le troisième, je ne sais pas, on me l'avait offert. Mais il faudra remonter les manches, car la concurrence est rude. Ah oui, peut-être que le lieu a côté duquel j'ai dégusté ces bouteilles a joué sur mes impressions... un lieu sombre et inquiétant

faisant penser aux couleurs mortuaires du Cavalier sans tête de Tim Burton

et oui, j'étais juste à côté de Sleepy Hollow... un frisson de peur qui peut-être a décuplé mes sensations... enfin! je l'espère, sinon... !!!

mercredi 23 décembre 2009

Rats des villes, rats des champs

C’est toujours un étonnement de visiter New-York. Cette ville ascensionnelle qui produit une impression à la fois d’écrasement tant on se sent petit, et d’aspiration ascendante, à force de regarder vers le ciel. Jamais une ville m’oblige à autant basculer ma tête en arrière. La sensation est d’ailleurs étrange car c’est un vertige à l’envers qui me nargue. J’ai plusieurs fois failli tomber en contemplant sur le trottoir les vertigineux gratte-ciels. Comble du ridicule ! Et pourtant, tout à l’air de s’inverser dans cette ville issue d’un imaginaire de science fiction. L’ostentation du luxe voisine avec l’invention géniale. C’est la cupidité qui cousine avec la créativité… mariage d’un nouveau monde. Tout est artifice à commencer par les arbres dont les feuilles tombées sont remplacées par des bourgeons lumineux... le printemps artificiel

Les immeubles sont devenus lumières…

et pourtant la ville lumière, n’est-ce pas Paris ? Un passage à 67 Wine pour acheter quelques bouteilles… « du nouveau monde » bien sûr !

Puis un tour à Sonoma William, pour le plaisir de voir un des plus beaux étalages d’ustensiles de cuisine…

et de pianos dont un superbe Lacornue, ici,

bref le rêve d’un amateur de cuisine et de bons plats. Qui a dit que les américains se foutaient de la bouffe ? Après quelques dîners chez des amis et quelques restaurants visités… il me semble évident que l’Amérique s’est largement plongée dans le monde de la gastronomie. Cet Art de vivre, typiquement français, italien, japonais ou même chinois, est devenu américain. Dans le prochain blog, je rendrai compte d’une dégustation de vins « milieu de gamme » comme on dit… dont le niveau de qualité peut inquiéter certains vignerons peu consciencieux de notre vieux pays. Je n’ai pas voulu seulement rester à New-York même mais aussi visiter une ferme… déformation d’un viticulteur qui ne peut se passer de campagne. Au Nord de la ville se trouve la ferme de Stone Barns : qui alimentait la famille Rockefeller en produits frais.

Certes, c’est l’hiver et la neige se préparait à tomber, le ciel était bas, pas de soleil à l'horizon,

mais l’organisation de cette ferme en agriculture biologique est impressionnante. Les bâtiments ont l’air d’être inspirés par les cloîtres des abbayes chrétiennes.

La nature redevenant source de sacré. Une vigne en haut des parcelles de légumes produisait autrefois du vin.

Maintenant, seul les raisins de tables sont cultivés. Napa et Sonoma ont brisé l’ancienne treille.

Dans le bâtiment principal se trouve un restaurant 3 macarons, alimenté entièrement par la ferme.

Comble de l’exception culinaire dans le pays des flux tendus et des imports/exports, le restaurant au milieu de sa matière végétale originaire comme le château viticole au milieu de ses vignes. Quel contraste avec la ville voisine ! L’Amérique a plusieurs visages… comme toujours nos préjugés simplifient tout.

samedi 12 décembre 2009

Le vin sans soufre n'est-il pas contre le terroir?

Bon, d'accord, j'admets que le titre sent le soufre! Mais je me suis posé cette question en lisant le livre de michel Bouvier, Les saveurs du vin antique. Le terroir c'est quoi? Finalement tout le monde a ce mot à la bouche... il faudrait bien savoir de quoi il s'agit. D'après de nombreux amis vignerons, c'est l'alliance d'un sol géographiquement situé, d'une production agricole ayant une histoire (noix du Périgord, camenbert de Normandie, huile d'olive de Noyon...) et de l'homme qui fait le terroir. Cette proposition me convient mais pose pleins de problèmes. Le sol... Ok, la production agri... je comprends... mais l'homme? Est-ce l'homme en tant qu'habile artisan? L'Homme en tant que civilisation et donc tradition historique? L'homme en tant que technicien (type oenologue)? L'homme amoureux de sa terre? L'homme amoureux du vin? L'homme amoureux de sa vigne? l'homme perpétuant ce que ses pères, grand-pères, arrière-grand-pères, ailleuls, lui ont inculqué? L'homme respectant le fruit? l'homme respectant l'environnement de la vigne? l'homme respectant la santé du consommateur? L'homme innovant?... ouf! difficile de le définir ce troisième terme. Très souvent vient l'idée de "respect de la tradition et de l'identité"... tiens... je te tiens, tu me tiens, il se tient... par la barbichette. Mais alors quelle tradition... le vin jaune du Jura... d'accord. Un vin jaune fait avec la même technique qu'un Muscadet... non! Mais s'agit-il d'une tradition récente, ancienne, très ancienne? A quel degré d'ancienneté se situe la tradition? Le Bourgogne s'est toujours fait plus ou moins dans des barriques de chêne neuves, pas le Bordeaux. Pourtant, Les gens de Bordeaux qui parlent le plus de terroir ont leurs caves pleines de tonneaux neufs. La tradition du Roussillon a toujours été de faire des vins passerillés pendant l'antiquité ou muté aux siècles derniers... pas le magnifique Clos des Fées, ou le splendide Mas del Rey. Et je rappelle que les vins issus de raisins passerillés se buvaient coupés avec de l'eau chez les romains et les classes supérieures gallo-romaines. Les romains se moquaient d'ailleurs des gaulois qui buvaient le vin... pur, comme ils le faisaient avec la cervoise!! Il y a dix ans, lorsque j'ai voulu restaurer un vieux bâtiment du Domaine, étant dans un lieu protégé par les Architectes des Bâtiments de France; sur le plan qui était proposé, l'architecte du Ministère m'avait demandé de changer la porte d'entrée pour la mettre aux normes des portes traditionnelles du Périgord. Or, cette porte était l'une des seules que mon architecte avait conservé en l'état. Sa forme avait bien 300 ans!!! Autre exemple pris dans la musique: Pierre Boulez dirigeant du Wagner à Bayreuth, temple de la musique allemande, avait été violemment attaqué par les critiques allemands et les musiciens de l'orchestre, pour ne pas avoir respecté la tradition des tempos immuablement exécutés, et d'avoir dirigé Wagner trop vite. Jusqu'à ce qu'un musicologue découvre que Wagner lui-même exécutait ses oeuvres à des tempos encore plus rapides que ceux de Boulez! La tradition reposait donc sur une erreur communément acceptée par tous les allemands, erreur qui s'était glissée au cour du XX° siècle. Les grands chefs allemands wagnériens avaient tord, le chef français ultra-moderniste avait raison! Alors, la tradition? Peut-on la questionner? Je viens au vin sans soufre... ou au vin naturel!

Je ne veux pas m'engager sur une critique qualitative... j'ai bu des vins sans soufre délicieux et surprenants comme ceux de Cyril Dubrey ou d'Iris Rutz-Rudel... et d'autres absolument infectes! Tout est affaire de chance. Mais, un vin "naturel" respecte-t'il le terroir? Si le terroir flirte un tantinet avec l'Histoire, il y a eu du vin sans soufre... mais apprêté avec... d'autres substances... pas toujours inoffencives. L'une des techniques antiques consistait à mettre de l'Alun; c'est à dire un double sulfate d'aluminium! Ou, on y ajoutait de la poix qui est extraite par distillation de la résine de cyprès. Ou de la crapula, résine que l'on obtient par ébullition. On pouvait aussi mettre de la fleur de Gypse, qui comme son nom l'indique est une concrétion de sulfate de calcium et de cristaux d'aragonite. Le plus étonnant est l'ajout de marbre??? pas celui de Carrare... on voit que l'art du vin rejoint l'Art tout court! Mais les deux techniques les plus connues sont l'eau de mer et le plâtre!!! Et ouai! Hummm un bon Chambertin au plâtre Lafargue. Tiens, que diriez-vous d'un Latour à l'eau de mer... mais seulement celle d'Arcachon... qui est en AOC? Délicieux n'est-ce pas? Surtout après une marée noire... çà rajoute des parfums goudronnés! Je passe sur la cendre et le miel pour arriver enfin à notre question: le soufre. Et bien Pline dans son Histoire Naturelle, au volume XIV, page 129 préconise... le soufre! On est en pleine antiquité romaine. Il reprend, d'ailleurs, une indication de Caton... encore plus ancienne. Le terroir peut avoir plusieurs images.

Et il me semble que depuis Pline l'ancien, le nombre d'habitants dans la "zone vinique" de la Méditerrannée a plutôt été multiplié par 1000 avec une espérance de vie qui a plus que doublé! Donc, le vin sans soufre... oui, mais pour la recherche de nouveaux arômes ou la revendication d'un vin quasi naturel et non pour l'expression du terroir ou pour la santé du consommateur. Il me semble que la notion de terroir a affaire avec l'histoire d'une tradition... qui peut être contestée. C'est la nature contre le terroir!!! Après tout, un sol mal travaillé peut relarguer des atomes d'aluminium ou de fer ferrique, extrèmement dangereux pour la santé, comme une tradition peut receler des pratiques douteuses! Dans les caves du Domaine, le Petit Manoir 2008 est sans soufre actuellement. Si il n'y a pas de déviations olfactives ou de problème d'oxydation... il sera mise en bouteille tel quel. Si un tout petit problème commencait à emerger... hors de question de priver le consommateur du plaisir de le boire (... bon! c'est vrai, je m'avance un peu... que voulez-vous... c'est l'orgueil... ), ou de le vendre en disant au client que certaines bouteilles risquent d'être abimées. J'agirai pour le protéger. Pour moi, c'est évident que je cherche à entrer en résonance avec mon milieu... disons naturel. C'est un terroir, indéniablement, mais ni l'éco-idéologie, ni la terro-attitude ne me guident. Simplement le désir de faire le mieux possible, de respecter la terre qui m'accueille et de surtout faire un bon vin

lundi 7 décembre 2009

Phrase glanée

Alain Finkelkraut: "Depuis Marx on a voulu transformer le monde, ne pourrait-on pas dire maintenant qu'il faut l'épargner!"