engrais vert
Par marc Dalbavie, lundi 2 novembre 2009 à 00:13 :: travail de la terre :: #123 :: rss
Il pleut sur le Périgord noir. Cette pluie est la principale raison de mon silence durant ces quelques jours. On est fin octobre, c'est le meilleur moment pour semer des plantes qui vont fertiliser le sol et nourrir Petit Manoir. Les trois plantes que j'ai semées sont, de l'avoine, de la féverole et de la navette; une céréale, une légumineuse et une crucifère... ceci dans l'ordre. Il a fallu d'abord labourer, du lundi au vendredi, l'après midi et le soir jusqu'à 23h00, car le matin la rosée rend la terre impraticable. Une fois le labour fait, il a fallu aplanir les sillons pour pouvoir semer.... ce que j'ai fait hier avec des disques. La pluie était prévue pour aujourd'hui 19h00. Il fallait faire vite. Ce matin, après plusieurs hésitations... le sol est trop humide, je n'aurais pas le temps de positionner les graines, puis de les recouvrir (je n'ai pas de semoir intégré)... la pluie arrivera trop tôt... si je ne peux pas les recouvrir, les graines seront à l'air libre pendant tout le temps qu'il pleuvera... 4 jours, une semaine, un mois, plusieurs mois? autant dire que les semences seront perdues. C'est une course contre la montre. Jean vient me voir à mon tracteur, le vicon est attelé prêt à semer. J'hésite, il me demande pourquoi... je le lui dit... il me répond: "sème, tu n'es pas sûr de pouvoir le faire dans 15 jours après il sera trop tard... ne t'inquiètes pas, la pluie arrivera ce soir, si te ne perds pas une minute, tu y arrivera." Autant vous dire que Jean, paysan, 86 ans, est pour moi plus qu'un ami. Cela voulait dire que je passerai le dimanche tout entier dans le tracteur... sans même avoir le temps du repas dominical. C'est le métier de vigneron. La nature décide, pas le calendrier! Je me suis donc lancé dans le semis toute la journée au milieu des chasseurs et des vacanciers. à 19h00 tout était fini, la pluie est arrivée à 20h00, longue, drue, importante et libératrice. Le positionnement de la semence est optimal. La terre a été travaillée sèche. Le semis s'est fait sur une lit de semence souple. La pluie tombe dessus, assurant la germination qui sera surveillée dans les jours qui viennent. La météo prévoit 8 jours de pluie... c'est parfait!

Tout ce mal que l'on se donne, c'est pour éviter de mettre des engrais chimiques dans le sol. C'est sûr qu'il est plus facile de mettre un engrais au mois de février avec le vicon, que de semer entre les pluies des végétaux qui vont faire office d'engrais. On ne rate jamais, sauf problèmes mécaniques, le positionnement d'un engrais chimique, alors que l'on peut rater son semis d'engrais vert ou on peut le perdre au printemps. C'est souvent pour cette raison que des gens hésitent à passer en bio. L'organisation du travail est différente. Elle est plus dépendante de dame Nature. Pour ce qui est du choix des semences, j'ai beaucoup hésité. La raison de ce mélange vient du fait que j'ai besoin d'azote en avril pour la pousse du printemps... d'où l'utilisation de la féverole qui est une légumineuse. Par ailleurs, j'ai ajouté de la navette qui est une crucifère. Elle va rajouter des sucres... essentielles à la vigne. Mais ce sont des "sucres rapides", il me faut aussi des "sucres lents": la cellulose, d'où la céréale: l'avoine. Ces "sucres lents", c'est pour la fleur et la nouaison, lorsque les sucres de la crucifère auront été digéré par la vigne. C'est comme lorsque l'on fait du sport, on prendra du chocolat pour un effort violent et court, on mangera des pâtes, si l'on veut faire un effort plus soutenu et plus long comme pour un marathon. Ainsi, les engrais verts vont recouvrir le sol tout l'hiver, ce qui va protéger, du gel, de la pluie... tout les mico-organisme qui s'y trouvent, prêt ainsi à digérer tout végétaux morts, et ainsi a "relarguer" les matières nutritives à la vigne. Leurs racines vont créer une activité vivifiante, en stimulant le sol, et aérante en y amenant de l'oxygène. Une fois fauchées au printemps, leurs différents éléments vont se décomposer grâce à la fertilité naturelle du sol qui a été préservé pendant l'hiver par le couvert végétal (champignons, insectes, bactéries...). Cette décomposition formera en partie l'humus (garde manger) et d'autre part mettra les éléments nutritifs au service de la plante qui pousse et qui a besoin de cette énergie.

Donc pour nourrir ma vigne, je ne lui apporte pas directement l'azote, le phosphore et la potasse... je travaille à fertiliser la terre, qui ensuite, dans un échange presque symbiotique, va lui apporter ce dont elle a besoin. En fait, le processus n'est pas d'analyser ce que la plante veut, mais de regarder comment la nature fonctionne et de s'en inspirer pour construire un agriculture naturelle. C'est une démarche diamétralement opposée à celle de l'agriculture chimique. L'idée est de soigner son environnement, le sol, dans l'idée que l'échange plante/sol fera ce qu'il a toujours merveilleusement fait: créer la vie. Si je regarde une forêt: elle n'a pas reçue d'engrais... elles est souvent sur les plus mauvaises terres... les bonnes sont cultivées... elle n'a pas reçu d'insecticide.. ni d'OGM et pourtant elle produit une masse de végétaux qu'aucun agriculteur n'est capable de faire (sans parler des proteïnes animales (cerf, sangliers, lapins...) j'en sais quelquechose). C'est cette respiration que je cherche à capter... ressentir la santé de mon sol, le protéger, ne pas le laisser nu trop longtemps, favoriser la diversité végétale et animale, ne jamais l'agresser par des herbicides et des pesticides. Avoir la foi qu'un sol équilibré, naturel, saura toujours se défendre contre des menaces... bref! plutôt que de donner un fusil à un soldat... créer les conditions globales qui rendent l'agression... inutile. Ce sont peut-être de belles paroles... mais j'y crois.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire