Domaine de la Voie Blanche

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samedi 29 novembre 2008

l'hiver

Et oui, les températures descendent au dessous de 0°C. Les dernières feuilles qui resistaient mardi, sont maintenant tombées à terre, dans un dernier souffle... tempête lundi. Les images sont belles,

mais le chai est difficile à maintenir vers 20° pour les malos... nous ferons des analyses lundi, on verra... j'ai oublié de protéger mon olivier

un olivier en Périgord Noir? et oui, c'est une cadeau que j'ai fait à Nathalie, la patronne... qui est niçoise... et dont le père possède trente oliviers qui ont 300 ans d'âge en moyenne! En général je le protège sauf ces dernières années, réchauffement de la planète oblige... nous n'avons eu pratiquement pas d'Hiver. Par contre, branle bas de combat, il a fallu protéger les pulvérisateurs... qui sont sensibles au froid!!! Allumer le tracteur qui refusait tout réveil... chercher des liquides antigels "bio-acceptables"... la vie de tout les jours avec une petite accélération de stress. Enfin, tout est protégé... il suffit d'allimenter la cheminée pour passer l'hiver qui s'annonce rude.

lundi 24 novembre 2008

Bio ou pas Bio?

J'ai toujours eu cette image dans ma mémoire depuis mon adolescence... une peinture médiévale dont la beauté m'a toujours fasciné. Au premier plan un paysan qui laboure avec deux boeufs, trois vignerons qui taillent à gauche une vigne palissée sur échalas, à droite on prépare les semis d'automne (blé, seigle, épeautre...), derrière, une parcelle de vigne avec son arbre fruitier puis à gauche, les dernières bottes de paille qu'il faut rentrer de toute urgence. Les vignes sont encloses par des murs, une sculpture trône à l'embranchement des chemins de servitude. Tout ce premier plan produit un effet d'harmonie avec ces formes "presques" géométriques qui accentuent la sensation d'une pente douce de colline colorée par des tons pastels gris, vert et brun. Cet ensemble produit un effet de mouvement, de labeur, d'activité et paradoxalement un sentiment d'apaisement. Les paysans qui travaillent fond parti d'un cycle immuable qui les dépasse et qui les accueille. Ils sont immergés dans la nature.





A cela s'oppose, l'arrière plan, le puissant château, la cité fortifiée, la civilisation protégée par sa muraille prenant possession du terrain, qui de sa ligne de rempart blanche et horizontale, barre la perspective et limite le regard. Au loin, l'infini du ciel bleu nous échappe, caché par l'imposante architecture, nous donnant la sensation d'une éternité contenue... emprisonnée!

Alors Bio ou pas Bio? là est la question...! Dans cette image, les hommes qui cultivent ont dépassé le stade de la "conversion bio"... sans ECOCERT ah! ah! ah! Pourtant ils organisent leurs cultures à travers des formes géométriques. Ils utilisent la géométrie la plus calculée et donc humaine, pour quadriller le sol façonné par le chaotique et "l'hyper-diversité". Depuis des temps immémoriaux, j'imagine, nous avons toujours voulu appliquer à la nature, dangereuse, imprévisible et angoissante, des méthodes rationnelles pour se protéger des intempéries, des maladies, vaincre notre faim, notre fin, notre peur. Nous étions au sein de la nature à l'intérieur de laquelle nous nous battions avec nos outils, comme tous les autres espèces vivantes, pour survivre. Je vais peut-être faire bondir... mais pour moi, ces paysans bio de l'époque médiévale ont pour descendants direct les agriculteurs modernes actuels c'est-à-dire ceux qui aujourd'hui utilisent les produits issus des technologies chimiques. La même volonté de rationnaliser la nature les unis. Au quadrillage du sol on ajoute le quadrillage de l'humus! bientôt du biologique donc du vivant (OGM)

Ainsi pour moi la pratique de la culture biologique ne représente pas un retour en arrière... bien au contraire, elle est la prise en compte des bouleversements modernes... la planète n'est plus forte, immense, redoutable et infinie... elle est fragile, limitée et malade.

C'est pour cette prise de conscience que nous avons décidé de cultiver la vigne du domaine en bio. Il fallait retrouver ce contact avec la nature pour l'écouter, la regarder et trouver un moyen de produire notre aliment tout en la respectant... c'est un peu naïf... mais toute foi se nourrit ainsi... c'est de cette simplicité que l'on puise la force... les moyens techniques et l'intelligence suivront. Pour les moyens techniques, il a fallu refaire le travail du sol, l'aérer, lui redonner vie. Retrouver la fertilité! Pour l'inter rang, on a ressortit les vigneronnes et les griffes. On a ajouté un broyeur pour l'enherbement. Pour le cavaillon... pas simple... il n'existe plus de paysan qui "gratte" sous les rangs de vigne avec la houe... à la main! Nos musculatures ne sont plus adaptées à ce travail pénible. Et la recherche de la meilleure machine pour faire le travail "sous le rang" comme on dit... n'est pas très facile. On peut comprendre que le desherbage chimique était vécu comme une libération par nos pères. Enfin notre choix s'est porté sur un très bon outil: le Naturagriff. Je vous en reparlerai à l'occasion.

Deuxième problème, la vigne étant plantée de variétés européennes greffées... elle est peu résistante aux maladies cryptogamiques que les américains nous ont amenées au XIX° pour nous sauver du phylloxéra!! Qu'ils nous avaient aussi offert en prime pour nous sauver de l'oïdium... !! l'idée répandue est que seule la chimie de synthèse peut nous protéger du mildiou et autres gentillesses. Et bien non, 2007 et 2008 qui sont des années paroxysmales pour ces maladies... n'ont vu pratiquement pas de taches de mildiou dans les vignes du domaine. Cela ne signifie pas que nous sommes des sorciers, mais tout simplement qu'il existe aujourd'hui assez de connaissances et de techniques disponibles en bio (grâce au recul et aux courageux pionniers des années 50 et 60 à qui il faut rendre hommage) pour qu'une conduite rigoureuse permette d'obtenir un état sanitaire plus que satisfaisant sans polluer la planète.

Troisième problème: les ravageurs...! Et là, je dois dire que tout n'est pas résolu même si l'on peut contenir une infestation... en bio. L'idéal, ce que nous faisons à Saint-Cyprien, est de ne mettre aucun insecticide... bio comme non bio! C'est dangereux mais c'est le pari que nous faisons. Pour le moment, pas de problème. Affaire à suivre... Mais il est sûr qu'une parcelle de vigne au milieu d'une mer de vignes... hypermonocultivées... se trouve en danger face à la puissance du développement des insectes en environnement homogène; envahissement qu'il semble difficile à maitriser sans poison agressif et violent. Il faudrait une coordination de tous les voisins pour résoudre le problème... il n'est pas sûr que le mode éclaté de petits propriétaires en concurrences tel que nous l'avons chez nous soit pertinent pour ce type d'action... il est déjà difficile de convaincre un ami... alors!... sauf si l'Etat, à travers les préfets le décide autoritairement... mais l'Etat, il veut aussi maintenir des entreprises chimiques à haute valeur technologique... alors, les interêts s'opposent, et le plus fort gagne.

Le quatrième problème? le technicien viticole bio de la chambre d'agriculture de Dordogne qui m'a tout appris à moi et à tant d'autres viticulteurs et à qui je dois les quelques connaissances que j'ai sur la conduite en bio et l'état sanitaire impeccable du vignoble... vient d'être limogé par la dîte chambre... décidément... trop de connaissances inutiles à l'épanouissement des laboratoires, de tous leurs emplois qualifiés... et de l'argent qui en découle. Connaître les écosystèmes ne permet pas de breveter une molécule... ça coûte cher en recherche publique... çà n'apporte que du savoir qui se partage facilement (publications, contacts, dialogues, échanges...) sans production de richesses... financières. Trop d'habitudes bousculées... OUI! mais la richesse humaine?... oh! pardon... encore de la naïveté... décidement, je suis bien...!

Mise en barrique en famille

Et oui, faire du vin c'est "produire" du vin... mais ce n'est pas tout. Il y a comme un engagement de vie à faire du vin, et l'engagement quelquefois vous dépasse et irradie votre famille. Ainsi, notre fils françois à voulu nous aider pour mettre le vin en barrique. Et il ne s'est pas trop mal débrouillé

C'est lui qui a préparé les barriques dont certaines sont neuves, et d'autres sont des essais de demi-muids bourguignonnes. Il a fallu les placer les unes à côté des autres.... et il s'en est plutôt bien sorti.

Je vous mentirais si je ne vous avouais pas que je l'ai aidé... mais il a tenu faire de nombreuses opérations lui-même, particulièrement le remplissage à l'aide pistolet...

c'est une opération qui l'a captivé... le pistolet y est pour quelquechose... mais même la frappe sur la barrique pour faire remonter les bulles... il a refusé que je l'aide

alors! voilà, je ne sais pas si il voudra être vigneron... mais d'ici là, il m'a donné un sérieux coup de main. Et le vin est maintenant en barrique pour faire sa malo... et oui tout est en retard au domaine... une "vendange tardive"... une cuvaison longuissimo... un écoulage tardif. Bon je crois que l'important c'est que le vin continue tranquillement son bonhomme de chemin! Demain je vous parle de viticulture bio!!!!

mardi 11 novembre 2008

Je ne vous parlerai pas de vin

Perdu dans les forêts de Périgord Noir le domaine s'est donné pour tâche, en dehors de faire du vin, de conserver une semence de blé qu'au XVIIIe siècle on appelait chez nous le "rouge" car son épis a tendance à brunir lorsqu'il est mûr. Ce n'est bien sûr pas la biodiversité que nous cherchons, la plus proche région viticole est à 40 km de chez nous, quoique... mais c'est surtout pour sauvegarder une pratique ancienne: celle des appalus ou jouales comme on dit en Gironde. Cette culture permet d'alterner blé, vigne, arbres fruitiers etc... donnant un ensemble varié tant pour le paysage que pour la qualité des échanges biologiques entre les cultures (comme vous le savez nous pratiquons l'agriculture biologique). Par ailleurs, c'est avec ce blé que le domaine fait sa farine pour ses gâteaux, son pain et toutes les sauces des bons plats cuisinés! C'est je dois dire une farine incomparable et plutôt rare.

Le ciel était beau, la terre était parfaitement prête, le temps des semailles d'automne est venu. Comme le semis devait se faire à la main, c'est jean qui a voulu le faire. Il a donc d'abord sorti son vieux tracteur de sa grange

muni d'une charrue, que l'on appelle aussi un brabant (car il pivote à la tourne de tracteur), il s'est attaqué à notre terre déchaumée entre deux parcelles de vigne et un rang de pommiers

pour la retourner légèrement (15 à 20 cm de profondeur) ceci afin de conserver et de ne pas trop bouleverser la couche fertile de terre. Je dois dire que jean et son tracteur vue de face, donnent le tournis avec ce devers... style concours de 4X4

voilà le résultat:

une terre magnifique, en mottes, riche d'humus grâce aux engrais verts (trèfles, ray-gras et avoine) que j'avais semés au printemps et déchaumés au début de l'automne juste avant les vendanges. Et là, pas de semoir hydraulique à contrôle électronique synchronisé par satellite... c'est jean, grâce à une pratique venant de la nuit des temps, qui a semé "à la volée" la précieuse semence

Vous croyez que c'est facile à faire... que n'est ni... j'ai essayé... je n'ai reçu que rires et sarcasmes... il en rit encore sur la photo. Ce qui est impressionnant c'est la régularité de la répartition des grains sur le sol... vous n'en croiriez pas vos yeux, c'est tout simplement stupéfiant! En fait, il sert la semence dans sa main et relache la pression en fonction de l'amplitude du geste de son bras! Si c'est mal fait, ce sont des demi-cercles façon lignes de lancement du poid aux jeux olympiques, que la végétation produira à la pousse. Et en plus il marche sur le labour avec la prestance d'un jeune homme... de 84 ans! Après il a fallu herser pour enterrer légèrement le blé, et voilà les semis réalisés juste avant une pluie qui s'annonçait pour le lendemain. En agriculture c'est la nature qui décide, la fenêtre pour semer était courte, il ne fallait pas la rater. Ce fut fait... la pluie a ensuite fait son travail pour faire germer la semence (d'ici 10 jours). ah! j'ai oublié de vous montrer une photo de ce blé

un blé ancien... riche en gluten, c'est à dire en carbone... excellent pour faire fermenter la pâte à pain.... peu productif, c'est pourquoi il a été abandonné, produisant une longue paille, inutile aujourd'hui où on n'a plus besoin de litière pour les chevaux et les boeufs... mais produisant un pain aux saveurs incomparables.

Juste après la semaille j'ai dû courrir au chai... pour faire ce dont je vous parlerai la prochaine fois...

lundi 10 novembre 2008

écoulage

Ca y est! Nous avons écoulé le Petit Manoir et pressé le marc. 14,85° pour le jus de goutte!!! 13,90° pour le vin de presse. Les sucres (fructose) sont à 0,3... c'est à dire que la fermentation est techniquement finie. Comme les maliques sont à 0,72... bref! il n'y en a presque pas, la fermentation malolactique risque d'être rapide. Ce sont des chiffres du Roussillon... et bien non, nous sommes dans le Périgord Noir à 180 km à l'Est de Bordeaux! Ah! les volatiles... elles sont à 0,20... état sanitaire parfait! On a 0,30 de marge pour faire un élevage long en barriques de chêne. Pour les barriques je vous en reparlerai quand elles seront arrivées. J'ai opté pour des demi-muids de Bourgogne. 600 litres, une minimum de contact avec le bois, mais un maximum de "micro-oxygénation". De l'espace, sans goût de planche de contre-plaqué. à l'ancienne d'une certaine manière. Beaucoup de viticulteurs et d'oenologues pensent que les vins d'autrefois étaient mal fait, pas de fruit, oxydés, piqués... et bien je pense le contraire. Je suis tombé un jour sur un contrat de métayage du XVIIIe siècle. Il était stipulé que le métayé devait, entre autre, fournir des fagots de bois de chêne, mais uniquement ceux venant de certaines parcelles d'une orientation face au sud extrêment précise. Ceci, non pas pour se chauffer, mais pour chauffer le four à pain et donner ainsi au pain un goût que d'autres orientations ne permettaient pas!!! Des gens aussi précis dans des affaires culinaires, ne pouvaient pas d'un côté raffiner au maximum la cuisson de leur pain, et boire de la piquette!!! Il est évident, que le philloxéra en faisant partir de nombreux viticulteurs vers d'autres métiers, et la guerre de 14-18 en en tuant de nombreux autres, a détruit un savoir faire bâti sur des centaines d'années d'expérience et qu'il nous faut redécouvrir... en peu de temps... à l'aide des méthodes oenologiques et donc scientifiques probablement, mais ce n'est par sûr. La macération pelliculaire à froid... quand ils vendangeaient et qu'un coup de froid arrivait le jour des vendanges et persistait, que la cuve trop froide ne démarrait pas, et qu'il fallait qu'ils chauffent avec des feux de bois le chai... ils devaient bien s'apercevoir que le vin était plus fruité que d'habitude. Chez nous certains vieux chais paysans sont dans des caves fraiches et le vin à tendance à mettre du temps à fermenter... il y a bien une raison! affaire à suivre