Domaine de la Voie Blanche

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mercredi 30 avril 2008

écologie, économie

Je vous avais promis de vous parler un peu de matériel et des panneaux récupérateurs des traitements phytos que j'ai installés hier sur le Massey des vignes de Barbeyrolle; choses promises choses dues.

En effet, un jour nous seront tous obligés de traiter la vigne avec un impact sur l'environnement et sur le voisinage, presque nul. La démarche d'une viticulture biologique est un pas important et essentielle, mais elle n'empêche pas l'utilisation de traitements phytosanitaires, même avec des produits naturels. Hors, nier l'impact de ces produits sur l'environnement est une attitude irresponsable. C'est pourquoi, Nathalie a décidé qu'au Domaine de la Voie Blanche on irait plus loin dans cette démarche de tendre vers un impact minimal sur notre environnement. Hier, nous sommes donc allés installer des panneaux récupérateurs sur le tracteur.

L'outil, posé contre le mur, est formé de deux panneaux qui vont encadrer le rang de vigne. Ces panneaux ont des buses qui projettent le produit sur les feuilles et les grappes de vigne et qui possèdent une cuvette de chaque côté permettant de récupèrer le produit qui ne se fixe pas sur la plante, pour le réinjecter dans la cuve, puis de nouveau sur les vignes. Ce principe permet d'économiser du produit et de ne pas le disperser dans l'air, car le "brouillard" produit par le pulvérisateur, reste confiné dans l'espace des deux panneaux. Pour installer les panneaux, il a fallu fixer une "potence" sur le côté gauche du tracteur

cette potence dispose d'un système hydraulique relié au tracteur qui permet de la monter et de la descendre pour s'adapter aux différentes hauteurs que l'on trouve dans la vigne. Puis on fixe les panneaux sur cette potence

une fois le tout installé, le moment du premier test est venu avec toute l'angoisse que tout à chacun ressent quand il faut essayer pour la première fois un matériel neuf. On actionne donc le pulvérisateur qui va envoyer (ici de l'eau claire) le produit dans les rampes d'injecteurs disposées à l'intérieur des deux panneaux

ET ça MARCHE!!!

on voit bien le "brouillard" constitué dans l'enceinte des panneaux... un vrai progrès! la deuxième étape est de le faire fonctionner sur la vigne avec toutes les irrégularités du terrain y compris le volume d'eau nécessaire pour pulvériser la vigne complète...?

lundi 28 avril 2008

le printemps démarre

Et oui, une nouvelle période de renaissance de la vigne démarre et avec elle, on commence à sortir des granges le matériel qui dormait tranquillement. Bien entendu, c'est le pulvérisateur qui a fait l'objet des vidanges d'huiles (la pompe et le ventilateur!) et de toutes les vérifications de bon fonctionnement

Cela est très important surtout en conduite bio, car on pulvérise au plus près des arrivées de pluie (en bio tout est préventif) et il serait catastrophique que le matériel tombe en panne ce jour là. Si la panne arrive, soit on répare en urgence... sinon on prend les pulvérisateurs à dos... et hop! pour la travail à pied et à l'ancienne. Sur 2 hectares, c'est possible, mais sur 25...?

Enfin! il faut savoir que la conduite d'un bon état sanitaire du vignoble est une des préoccupations majeures du vigneron et cela depuis le début du XIX° siècle. Et avant!... et bien avant on ne protégeait quasiment pas la vigne car le mildiou et l'oidium nous sont venus d'Amérique. Et oui! ces maladies (objets d'obsession des vignerons) n'existaient pas avant, tout comme le philoxéra. Depuis, même en bio et en biodynamie on traite la vigne avec des produits naturels ou des produits chimiques si on est en culture "classique". Demain nous partons au Fleix pour installer sur le tracteur de Barbeyrolle, des panneaux récupérateurs de bouillie... pour faire encore plus écolo. Je vous montrerai des photos. Tenez, j'ai photographié dans la vigne de Saint-Cyprien des Boutons d'Or...

fragilité et éclat.... une très jolie fleur.

jeudi 10 avril 2008

Bourdalès

Bon, je ne vous cacherai pas que nous avons eu mardi quelques petites gelées dans notre vigne de vieux merlots. Il semble que quelques pieds soient atteints. Cela ne paraît pas trop grave... mais il ne faudrait pas que cela se répète, sinon! Par contre, à St-Cyprien dans le Périgord noir, aucune gelée n'a touché notre plantation... si les anciens avaient planté de la vigne là... c'est qu'ils avaient leurs raisons!

En fait, je voulais vous parler d'un autre cépage dont nous avons planté (en Périgord noir) 500 pieds: le bourdalès ou le fer servadou. Il est de la famille des carmenets et il est donc originaire très lointainement des Pyrénées. Sa dispersion est allée jusqu'en Vendée où on l'appelle le Vairon! On le cultivait avec d'autres cépages jusqu'au XIX siècle. Il faut dire, que les monocultures monocépages actuelles ne correspondent pas à ce que les anciens faisaient. En effet, "ne pas mettre ses oeufs dans le même panier" les poussait souvent à mélanger les cépages. Si une année, un cépage souffrait à cause du temps, un autre pouvait quand même produire et sauver les vendanges...!

Le mansois se confondait souvent avec le Verdot ou le Béquignol en Gironde. D'ailleurs, le Béquignol est un cépage de la vallée de la Dordogne et on l'appelait quelquefois Fer. A Rodez on l'appelle Servan et dans le Marcillacois on le nomme Mancès, Saumencès ou Saumansois. C'est le Souabadé en Bigorre, le Pinenc ou Couahort en Madiranais, la Here, le Scarcit, l'Arech en Gascogne, le Mouraa ou Mourach en Jurançonnais, le Camirouch en Couserans, le Brocol en gaillacois et enfin l'Estronc et le Chalamoncet à Glanes et Saint-Céré près de Beaulieu au bord de la Dordogne. C'est un cépage ancien qui s'est balladé dans le Sud-Ouest et particulièrement dans la vallée de la Dordogne, c'est pourquoi nous l'avons planté au Domaine de la Voie Blanche.

Certains considèrent que "Mansois" vient du latin mansus qui veut dire manoir. Cela désignerait un cépage propre aux maîtres des lieux, peu productif et donc de qualité. C'est une hypothèse qui n'est pas prouvée, il reste encore un mystère sur son étymologie. Son nom, en tout cas, est à l'origine de la cuvée du Domaine de la Voie Blanche faîte en Périgord noir, et qui s'appellera "Petit Manoir". Référence aussi, aux fameux manoirs périgordins...! Il a une certaine rusticité et son goût rappelle le cabernet sauvignon. Néanmoins, il a un goût unique et ancien. Son bourgeonnement est cotonneux blanc et rosé. Ses feuilles sont petites à moyennes tri à quinquelobées présentant un dimorphisme foliaire unique. Ses grappes sont moyennes à baies ovoïdes. C'est un cépage rustique et capricieux. Sa maturation est tardive. Au domaine nous comptons le palisser à l'ancienne sur échalas avec latte en corbeille.... on vous montrera des photos quand cela sera possible. En attendant, il pousse merveilleusement bien... il se plait dans ce sol argilo-calcaire... c'est d'ailleurs dans ces sols qu'il donne les meilleurs résultats. Un thèse de doctorat a été faite par Alexandra Cadet en 2005 à l'université de Toulouse et démontre qu'il s'exprime particulièrement bien sur ces sols.

Voilà pour aujourd'hui... la prochaine fois, je vous parlerai de l'huile de noix et de la production du Domaine. Nous faisons en effet une toute petite production haut de gamme, faite avec les meilleurs cernaux en appelation controlée "Noix du Périgord", et pressés dans un moulin du XVIII ème siècle avec pour seule force motrice... l'eau.... développement durable oblige!

vendredi 4 avril 2008

Merlot

A tout bien tout honneur, je désirais vous parler des cépages que j'aime et bien sûr je vais commencer par l'un des plus nobles de notre domaine: le merlot. C'est un cépage typiquement bordelais et donc périgordin. Son nom signifie petit merle, on l'écrivait merlaud (il faut prononcer "t" à la fin). Il est apparu il y a deux cents ans à peu près. Certains lui donnait comme nom sémillon rouge ou seme de la Canau, ce qui laisse à penser qu'il proviendrait de semis fait dans les îles médocaines.... On l'appelle aussi Bigney ce qui veut dire grosse souche!

Les grappes sont moyennes avec des baies rondes. Les bourgeons sont cotonneux blanc à liseré carminé. La feuille a des sinus latéraux très marqués comme on le voit sur la photo. Le merlot fait partie de la famille des carmenets qui provient des Pyrénées et dont font partis: cabernet franc, cabernet sauvignon, sauvignon, sémillon, carmenère... vaste famille constituée de nombreuses stars du Sud-Ouest. L'autre famille est la famille des folloïdes avec le fameux auxerrois ou malbec si célèbre à Cahors... je vous en reparlerai une autre fois.

Pour notre merlot, sachez qu'il a un débourrement précoce (certains bourgeons s'ouvrent maintenant) ce qui le rend sensible au gelées printanières, c'est-à-dire ces jours ci. Autant vous dire que je regarde la météo tous les jours et si je vois une prévision de gelée, j'allumerai un incinérateur dans la vigne là où cela a débourré. Pour le moment... pas de panique. Quant au vin que l'on fait avec ce cépage, le plus connu est l'inégalable Château Pétrus et bien sûr le plus original est votre vin préféré "les Deux Collines" du Domaine de la Voie Blanche...! Les vins du "nouveau monde" font des merlots assez vulgaires et beaucoup trop aromatiques... pour avoir la finesse de ce cépage, il faut qu'il soit planté sur des sols argilo-calcaires... comme ceux que l'on trouve sur la rive droite de la Dordogne: Bourg, Fronsac, Pomerol, Saint-Emilion, Castillon, Montravel, Pécharmant, Saint-Cyprien... et oui!