Domaine de la Voie Blanche

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mardi 24 août 2010

véraison

A Barbeyrolle, les vieux merlots ont presque tous fini leur véraison.

La production est belle malgré un déficit en eau particulièrement important pour notre région. C'était l'année où il fallait à tout prix travailler l'inter-rang, ce que nous avions fait... un rang sur deux. Je ne résiste pas à la tentation de vous montrer un vieux pied que j'aime beaucoup

à 70 ans, il se porte pourtant bien... n'est-ce pas? Il fait parti de ceux qui produisent le Barbeyrolle, une cuvée que le domaine ne garde pas longtemps... le vin est puissant, plein, enrobant... avec une tendance à la "pomorolisation"... il est sur un terroir très proche de celui de Libourne. Pour le moment, tout se passe bien. Un beau mois de Septembre serait une belle récompense... mais cela... Dieu seul le sait... et aucun moyen de le lui demander. C'est drôle, mais on comprend tout à fait pourquoi, bien souvent, le paysan croit en Dieu. Car il est dépendant de forces qui le dépassent et il sait qu'aucune revendication ne peut aboutir. Il est contraint à la sagesse et à la patience. L'Homme des villes pense, quant à lui, que tout peut se construire ou se revendiquer. Il est dans la sensation de sa puissance et de son libre-arbitre. Il y a toujours une raison logique à une embûche, à une réussite, à un echec. Tout s'explique et se comprend, il vit dans un immense monde logique, sécurisé, déterminé... bref, totalement humanisé! Même un accident est dû à un feu rouge mal placé, à une barrière piétonne inexistante ou je ne sais quel objet de protection que les autorités n'ont pas eu la prudence d'installer... gardant l'argent pour d'autres causes... elles inavouables! Dans la campagne, c'est différent. Au dessus des Autorités, il y a le ciel! Et avec lui, un immense monde incompréhensible et implacable. Un orage de grêle... un an de travail dévasté. Un coup de vent violent... 500 piquets arrachés. Une pluie trop longue et trop forte... les semis noyés, la terre lessivée. Une sécheresse... des hectares qui partent en fumée. Ce monde est aussi le mien... quelquefois je lève les yeux au ciel, non d'exaspération comme une mère face à un enfant turbulent... mais d'interrogation, de frayeur et d'ermerveillement... et une prière me vient en dépit de moi. Comme si je me rendais compte de la puissance de ce qui est autour de moi, au dessus de moi... et que je rejoignais sans le savoir, l'humilité du paysan qui sait qu'il ne peut que s'en remettre à Dieu, même après avoir correctement fait son labeur. Et malgré une résistance qui me vient de cette culture citadine qui malgré tout a envahi la campagne... je dois bien avouer, qu'après avoir fini tout les travaux en temps, il ne me reste plus qu'à "m'en remettre à Dieu"... je n'ai pas le choix. J'ai fait le mieux que j'ai pu... mais maintenant, les dès sont jetés, l'évolution du raisin m'échappe et seul l'espoir me tient... et me relie à ces millions de paysans qui ont inlassablement creusé cette terre pour que sa fertilité fasse naître tout ce qui continue à nous apporter la vie. Cette impossibilité de ne rien prévoir, je l'ai fait mienne. J'entends, de ci de là, "l'année ne sera pas bonne", "l'année sera moyenne", "l'année sera difficile", "l'année sera excellente si septembre le veut"... pourquoi tant de paroles pour ne rien dire. On ne sait rien de ce qui arrivera. Le millésime, c'est dans la cuve et le tonneau qu'il s'exprimera. Nul part ailleurs! On réduit le millésime à bon, moyen, mauvais... cela n'a aucun sens. Chaque année est différente et chaque viticulteur est différent. La subtilité des équilibres entre les acides, les tanins, l'alcool, les anthocyanes produit des variations infinies, comme celles que nous apportent les années dont aucune ne se ressemblent, alors qu'elles appartiennent à un cycle infini. Pourquoi réduire tout sur une échelle aussi pauvre? A cause du marché? Le consommateur a besoin d'idées claires? Pour ne pas dire simplistes? C'est comme cela que nous respectons celui qui veut boire notre vin? Non, on peut choisir une autre voie. Le vin n'est pas un soda.

samedi 14 août 2010

Vins du Périgord Noir

Et oui, le Périgord Noir est connu pour ses foies gras et ses belles oies (surtout élevées en Hongrie et en Israël), ses canards (en ...), ses noix (issues de variétés américaines), ses pâtés (rarement faits sur les lieux), la belle truffe (qui était sauvage et qui est cultivée, les sauvages ont pratiquement disparu) et autres plaisirs de la bouche. Mais personne ne connait plus ses pruneaux extraordinaires qui faisaient sa fierté jusqu'au XIX° siècle et son vin au goût puissant et profond. Les deux derniers ont quasiment disparu. Sauf que le Domaine de la Voie Blanche, avec trois autres domaines, Domaine de la Vitrolle à Limeuil, Domaine Alain-Bernard Lescure à la Bachelerie et la Coopérative des Vins de Domme, essaient de faire revivre ce terroir si particulier et très ancien. Au domaine nous avons mis en bouteille nos deux cuvées du Périgord Noir : Les Joualles, et le Petit Manoir

Vins puissants et riches, mais avec des tannins qui ne ressemblent pas à ceux de ses voisins de Gironde, du Bergeracois et du Cadurcien, tannins et textures originales, plus souples… bref, un terroir qui sans doute ne correspondait plus aux goûts de l’époque, je veux dire les années 50 et 60 . D’ailleurs, un de mes clients me disait qu’il était allé chez un caviste à côté de chez lui et avait demandé une bouteille de vin pour recevoir son fils qui n’aimait pas les Bordeaux, mais appréciait les vins du Rhône. Et bien le caviste lui a vendu une bouteille des Joualles 2009 ! Depuis ce client est venu à la propriété et a lié une relation qui dépasse sans doute celle, assez mince, qui lie le vigneron et son « patient ». J’ai donc décidé de vous présenter ces deux cuvées, car si la vigne et la vinification sont centrales dans ce blog, il ne faut pas oublier que la bouteille reste l’objectif prioritaire, l’horizon qui conditionne tout ces processus.

Les Joualles 2009

C’est un vin qui a subi une sélection manuelle des grappes (merlots, bourdalès, cabernets francs) et un égrappage à l’encuvage, 10 jours de macération à froid sous protection à chapeau flottant et gaz inerte, 30 jours de cuvaison, une fermentation lente à basse température, un élevage en cuve avec un soutirage au mois de Mars, puis une mise en bouteille au mois de Juin. Son nez est intense avec des parfums de griottes, cerises, mures, fruits confits, des arômes de cuirs légèrement poivrés, une bouche savoureuse aux tannins enrobés à souhait, aucune amertume (sauf au bout de trois jours d’ouverture de la bouteille), pas de goûts végétaux, une acidité bien équilibrée avec toutefois une petite tendance à une sensation « acidulée » qui donne un caractère très personnel à ce vin. A boire sans réserve, sauf qu’il ne reste plus que 300 bouteilles, nos avons été littéralement dévalisé pendant ces deux mois.

Le Petit Manoir 2008

C’est notre vaisseau amiral. Juste constitué de merlots (mais cela pourra changer pour les millésimes ultérieurs), il a subi une sélection drastique des grappes avec 12 jours de macération à froid sous protection à chapeau flottant et gaz inerte, 30 jours de cuvaison, fermentation thermo-régulée avec des pointes à 30° en phase aqueuse, des délestages, des pigeages manuels, une fermentation vers 20° en phase alcoolique avec une descente tranquille vers la fin de la cuvaison. L’élevage s’est fait en barriques de chêne dont demi-muids bourguignonnes… tout ceci pendant 19 mois, et une mise en bouteille au même moment que Les Joualles. Son nez est extrêmement fin avec toujours ce cuir et cette sensation poivrée qui le rapproche de son petit frère. Des fruits exotiques tout à fait surprenants qui, avec une tendance au confit (nous sommes en Périgord), nous plonge dans des arômes d’autrefois… un peu comme ces plats médiévaux aux goûts d’épices, de miel et de gibier… à la fois rustiques et festifs. La bouche est pleine avec des tannins soyeux… une texture de velours. La finale est encore peu construite… à tester dans quelques mois ou années. La vente vient de commencer avec très peu de bouteilles disponibles. Ce terroir est en train de se révéler après tant d’année d’oubli. La jouale s’est de nouveau libérée de l’envahissement de la friche et du taillis. Le manoir, transformé en école pendant l’entre deux guerres, puis en résidence secondaire dans les années 60, se remet à produire le nectar qui a alimenté tant de gorges assoiffées de plaisirs, d’harangues et d’infini… à une époque où la vie n’était qu’un passage environné d’enchantements.

samedi 7 août 2010

Plein feux sur les grappes

Un soleil de plomb accentue la véraison qui s’est déclenchée il y a quelques jours.

Ici, la vigne en profite, mais je n’oublie pas les Russes et le malheur qui s’abat sur eux. Dans nos sociétés modernes, la faute est forcément de la responsabilité d’un gouvernement quelconque. Autrefois, Dieu semblait vouloir les calamités ou les bienfaits de la Nature. Mais, force est de constater que malheureusement, tout cela est bien le fait de l’Homme. Pour la première fois de la planète… une espèce biologique influe sur le cours des évènements climatiques. Je dis bien influe… car elle n’a aucun pouvoir… celui-ci tendrait à penser qu’elle pourrait inverser le processus… elle ne peut que dérégler un cycle… elle ne peut en aucune manière créer ce que la nature a mis tant d’années à faire. C’est pourquoi le problème est vertigineux. Heureusement, ma vigne ne semble pas être au courant et continue sont cycle végétatif. Tenez une grappe de merlot qui a subit la coulure du printemps.

J’y ai perdu un peu de production, mais je gagne en travail car les baies sont naturellement écartée les unes des autres… ce qui crée une aération… frein aux attaques éventuelles de botrytis. Une autre grappe

Ça, c’est mon bourdalès. La grappe est belle, avec une forme bien compacte. La conduite en échalas avec recourbement en corbeille de la latte produit quelque chose de très intéressant, les grappes sont réparties en couronne. Non seulement c’est très joli, mais en plus, pas d’entassement de grappes… pas besoin de travail en vert…. Ah… les anciens ! Comme dirait jean, du haut de ses 85 cinq années de paysannerie.

jeudi 29 juillet 2010

décavaillonnage et effeuillage

Lundi et Mardi, avec le Naturagriff, j'ai décavaillonné la vigne... c'est-à-dire j'ai travaillé sous le rang.

Je dois dire que c'est le poste qui fait la plus grosse différence avec la viticulture non biologique, c'est-à-dire utilisant des défoliants... surtout en vigne de coteaux non plane. Je peux comprendre que dans les années 1950, lorsque les desherbants chimiques sont arrivés sur le marché, tout le monde s'est jeté dessus...! Car quelle économie de travail et d'embêtements! Deux passages par saison au Roundup avec des buses ajustées sur le pulvérisateur... 6km/h, pas de casse... et 20 hectares fait dans la journée. Au lieu de cela, un décavaillonnage à la machine; lame, rotogriffe, bêcheuse, socs... entrant dans la terre pour la travailler... de 1,5 à 3,5 km/h, avec de la casse bien souvent (la terre ne se laissant pas toujours chatouiller)... sur des vignes à 5000 pieds/ht... 3 hectares = 2 jours. La différence est tout simplement incomparable. Donc, lorsque certains viticulteurs me disent qu'ils font "presque" du bio... sans travail sous le rang... je reste perplexe. En tout cas, même si le surplus de travail est important, le travail sous le rang reste pour moi essentiel. Garder une terre souple et vivante à l'emplacement des ceps de vigne n'est pas accessoire... et c'est pourquoi j'accepte de m'emm....r à le faire. D'ailleurs, au Domaine, on le fera certainement un jours... avec le cheval! Aujourd'hui on continue l'aération des grappes.

Quand on voit un vélo au bord d'une vigne... c'est qu'il y a un jeune qui y travaille, même si on ne le voit pas tout de suite. L'effeuillage est particulièrement difficile et les courbatures et maux de dos arrivent fréquemment.

Il faut se pencher et bien regarder ce que l'on fait.

Les positions sont fatiguantes... au Domaine, presque tout se fait à la main

Bien sûr, il existe des moyens mécaniques pour le réaliser: effeuilleuse thermique, effeuilleuse à couteaux... mais rien ne remplace le regard du vigneron qui, en voyant des entassements de grappes, va les séparer pour les aérer. Aucune machine ne peut faire cela... en tout cas pour le moment. Qui sait... avec une caméra et un ordinateur... on pourra automatiser ce travail... et comme cela, il n'y aura plus de vélo au bord des vignes... on n'aura plus besoin d'être humain pour travailler... seul le propriétaire pourra surveiller avec des écrans, chez lui, sur son canapé, le travail incessant des machines automatiques dans ses vignes. Ah! Quelle belle perspective! Enfin, je pourrais regarder tout les épisodes de Colombo que j'ai ratés. Quant à ceux qui ne possèderont ni terres, ni entreprises...? Ils boiront le vin pour oublier...! Quel progrès! En attendant, l'aération des vignes se poursuit, on aura fini avant le 10 Août.

mercredi 28 juillet 2010

Mes amis les insectes

Aujourd’hui, je voulais écrire sur un des petits problèmes de la vie quotidienne du vigneron. Cela commence par une feuille dont les contours sont rougis par un insecte.

Cela ressemble un peu à une carence en magnésium… mais pas du tout… c’est bien un insecte qui a ce don de coloriste. La différence se perçoit par le fait que le rouge forme des petits carrés très nets, alors qu’une carence produit un aspect plus flou et plus envahissant. Faisant parti d’un groupe de viticulteurs qui expérimentent des traitements biologiques, j’ai un système de piégeage qui me permet de connaître les insectes qui se baladent dans ma vigne. Cet insecte, le voilà…

En l’occurrence, il y en a deux sur la photo; ce sont ces deux insectes verts, qui ont une forme droite et allongée. On l’appelle la cicadelle verte, ce qui fait référence à sa couleur… ou, la cicadelle des grillures, mettant l’accent sur ce qu’elle fait. Essayant d’éviter les traitements insecticides, j’ai accepté de tester l’application de l’argile kaolinite. Pour cela, il faut disposer d’un matériel très simple

Un atomiseur à dos (si on ne traite pas plus de deux hectares, sinon c’est le pulvérisateur et le tracteur qui s’imposent), de l’eau et un seau rempli d'argile. Je n’ai traité que 20 ares... pour comparer les différents prélèvements d’insectes qui seront faits dans les parties traitées et non traitées du vignoble. L’argile kaolinite n’est pas totalement à l’état brut. Elle a été calcinée à haute température, puis micronisée dans le but de bien se mélanger à l’eau pour une pulvérisation idéale. L’argile n’est pas un insecticide, c’est-à-dire qu’elle ne tue pas, c’est un insectifuge, elle repousse l’insecte. Ainsi, on cherche à protéger sa plante sans désorganiser l’équilibre biologique du lieu. Le résultat est une poudre blanche très fine

Puis on fait la bouillie

Puis, le traitement de bas en haut du pied de vigne. Dans une vigne… il faut souvent monter et descendre… avec 30kg sur le dos… je vous assure que ce n’est pas une promenade de détente.

La feuille est ainsi recouverte d’une fine pellicule blanche.

Et c’est cette pellicule blanche qui va éloigner les cicadelles des grillures de la vigne. Et oui, c’est la couleur qui la dérange… intéressant non ? Le résultat de ce matin : 13 cicadelles dans la partie non traitée, 0 dans la partie kaolinée. Que dire de plus ? Oui, juste une grappe de merlot avant véraison… ayant tout juste fini son stade : fermeture de la grappe.

mardi 20 juillet 2010

Labour d'été

La saison de travail intense touche à sa fin. La vigne est relevée, épointée, traitée, ébourgeonnée... reste le dernier travail du sol et l'effeuillage. J'ai donc sorti le Chisel pour enlever les herbes et surtout aérer la terre.

Ce cultivateur a une particularité, c'est de posséder des pattes d'oie à la place des dents

Elles permettent de vraiment couper l'herbe au niveau de la racine et de bien remuer le sol. Je le place entre 5 à 10 cm de profondeur. C'est presque un grattage un peu plus musclé. La journée étant très chaude aujourd'hui (on attend 32 à 34°), les herbes ne vont pas résister et vont disparaître. Par contre, le fait de travailler le sol, va avoir pour conséquence de casser le dessus et ainsi, de détruire les canaux par lesquel l'eau du sol s'évapore. L'eau est donc emprisonnée dans le sol au plus grand plaisir de la vigne qui en raffole. Chaleur + eau = maturité. Après cela, il faudra detteler le Chisel et atteler le pulvérisateur... des orages sont annoncés et il faut "couvrir" la vigne avant l'arrivée d'eau. A partir de demain, on commence l'effeuillage à l'Est, pour découvrir les baies du côté du soleil levant et ainsi ne pas les brûler. L'avantage est de commencer à aérer les grappes et enlever les entrecoeurs qui prennent le sucre (carbonne) pour faire des bois... dangereuse concurrence. Une fois la véraison terminée, on effeuillera à l'Ouest pour une exposition maximum au soleil et au vent. Tout ces soins à la vigne, "en sol" et non "hors sol", permettent de rechercher la qualité du vin en jouant avec la nature, sur la terre d'où elle pousse, et de l'accompagner pour qu'elle y puise les minéraux dont elle a besoin, et l'eau qui la fait vivre. Dans le chai, pas de produit chimique... le minimum sera fait, celui d'accompagner le cycle naturel de fermentation et d'éviter les dégats... c'est tout! C'est comme si l'on voulait améliorer sa beauté en surveillant son alimentation et en faisant de l'activité physique... au lieu de faire de la chirurgie esthétique! Bref! pas de silicone!... d'ailleurs, j'ai horreur des "vins siliconés".

samedi 17 juillet 2010

l'épointage

Après un mois de relevage, le broyage des engrais verts, de multiples traitements pour contenir les maladies et l’entretien des abords, nous avons décidé avec guillaume de faire l’épointage de la vigne. Les recommandations nous conseillent de le faire à la nouaison ou juste après. Ce que nous faisons aujourd’hui. Certains vignerons tentent de ne pas épointer la vigne et de la laisser pousser naturellement jusqu’au moment où elle « décide » elle-même de s’arrêter. J’avoue être tenté par cette démarche, mais je ne suis pas sûr que les merlots puissent être ainsi laissés libres et arriver à l'aspect anarchique, qui est leur tendance naturelle… un peu comme la coupe de cheveux de Tim Burton… ! Les problèmes que cela peuvent poser pour la conduite de la vigne dans des rangs à la végétation exubérante… je ne suis pas sûr d’avoir le courage de m’y attaquer. Par contre, les cabernets francs ont une forme beaucoup plus maitrisée et ont tendance à « monter droit ». Je pense qu’un jour, je l’expérimenterai. L’épointage a pour fonction de rediriger la sève vers les fruits. En coupant l’apex, on perturbe le processus de la plante qui est de s’allonger le plus possible : l’effet acrotone des lianes. Mais l’inconvénient est aussi de provoquer un accroissement de pousse des gourmands qui situent à la jointure de la pampre et de la feuille : les entrecoeurs. Ce qui nécessite un surcroit de travail ensuite : l’élimination des entrecoeurs. C’est pourquoi l’idée de ne pas épointer… me plait. En attendant, je suis allé chercher l’épointeuse à la CUMA de Domme (je la partage avec d’autres vignerons… cette mutualisation des outils se structure dans les CUMA) et j’ai confié ce travail délicat à Guillaume… c’est toujours lui qui le fait.

Il connaît parfaitement l’outil, et c’est très important dans des vignes étroites comme celles des Joualles. Bien entendu, lorsque l’on attelle un outil au tracteur, à chaque fois, il faut le régler… et ce n’est pas toujours facile.

Guillaume se donne parfois beaucoup de mal et le temps compte… nous sommes encore en pleine période de travail dans la vigne… il reste encore une dizaine de jours avant que cela se calme… il faut courir du matin 5h00 au soir quelquefois tard… vers 23h00. C’est un rythme épuisant que le monde paysan connaît très bien.

Le plus délicat est de s’enfoncer dans des rangs étroits avec un engin qui possède 8 couteaux rotatifs tournants à une vitesse importante… et de n'abimer ni un rang de vigne ni la machine.

Cela demande une concentration au chauffeur… et une maitrise du stress.

Autant dire que tout le monde ne peut pas le faire.

Le résultat est bien sûr très beau… on passe d’une vigne hirsute à une vigne digne des allées du château de Versailles.

L’année dernière on avait commencé à 7h00 et fini à 18h00, cette année on finit à 15h00… j’espère que l’année prochaine on le fera en une matinée. Pour cela il faut affiner la préparation de la vigne à l’arrivée du jour d’épointage (particulièrement les sols travaillés comme au Domaine, qui ont tendance à faire tanguer l’outil), et régler l’épointeuse au plus près de la personnalité de la vigne. C’est un échange, et chaque année amène un progrès dans ce long chemin. L’expertise de Guillaume est essentielle, il connaît la machine et Les Joualles.

Par ailleurs ont vient aussi d’épointer Barbeyrolle qui est notre parcelle en Périgord pourpre. Les vieux merlots ont l’air d’apprécier.

Le prochain travail sera le positionnement d'argile kaolinique pour éloigner les cicadelles vertes et l'effeuillage pour aérer les grappes.

lundi 5 juillet 2010

mise en bouteilles

Avant-hier, le domaine a pu enfin mettre en bouteilles Les Joualles 2009 et Le Petit Manoir 2008. C'est notre oenologue Frédéric Thiollet qui a pris les opérations en main, une défection dans son personnel l'a obligé à mettre "la main à la pâte". Toute la famille s'est mobilisée... le Domaine de la Voie Blanche est une entreprise familiale... rosaline, Frédéric Thiollet et françois commencent le travail.

Le problème des petits domaines viticoles est qu'ils n'ont pas les structures qu'ont les grands. Ainsi, les locaux de vinifications ne sont pas assez grands pour faire la mise en bouteille dans le chai, alors, on la fait dehors et on s'organise pour choisir un jour où il ne pleut pas.

François veut être à tous les postes, ici il place les bouchons dans l'embouchoneuse

là il supervise le placement des bouteilles vides

puis il inspecte les bouteilles pleines et bouchées avec Constantin

Le vin est directement tiré de la cuve dans le chai

puis arrive dans les bouteilles grâce à un circuit astucieux... euh! ingénieux (fait pas des ingénieurs) qui permet de placer le vin dans la bouteille avec le maximum de garantie sanitaire et organoleptique.

Tout se fait avec un appareillage à dimension humaine et qui ne dépasse pas 1000 bouteilles par heure... c'est à dire, une vitesse... de tortue. Mais voilà, je ne veux pas brusquer le vin... on a donc décidé d'une mise... toute en douceur. Les premières cuvées d'un vin disparu, sont enfin en bouteilles... la renaissance entame son processus. Le Périgord Noir avait perdu son sang dont il abreuvait son peuple depuis tant de siècles... il le retrouve enfin... ce sang qui s'est interposé dans les nombreuses guerres fraticides, et qui après les tragédies meurtrières médiévales, remettait du lien de vie entre les gens. Ce breuvage divin, qui fait couler tant d'encre aujourd'hui, mais qui continue de couler à flot dans les fonds des tavernes... là où l'on peut se mettre en retrait du monde et des ses sauvages inquisitions, pour partager avec des amis, un bonheur immense... celui de boire à la santé d'un autre... un autre qui dépasse la simple taverne pour coïncider avec l'humanité... un partage infini.

vendredi 11 juin 2010

Le chai en torchis

Les terres des coteaux de la rive droite de la Dordogne, sont constituées de l’association d’une roche fertile, l’argile, d’un sédiment drainant et riche en calcium, le calcaire, et de dizaine de minéraux et d’oligoéléments qui forment ensemble un sol merveilleux pour la vigne. Pour moi, il était évident que le nouveau chai du Domaine de la Voie Blanche soit aussi le produit de ce terroir, et donc qu’il ait dans ses matériaux de construction, des éléments du sol de la vigne et de ce qui l’entoure. La recherche de cette continuité entre le vignoble qui produit le raisin et le chai qui le transforme en vin, est essentielle. Nous avons donc décidé, avec Nathalie, d’opter pour un mur extérieur en torchis. Technique de construction totalement naturelle, aux qualités thermiques et hygrométriques exceptionnelles, à l’ancienneté plongeant son histoire dans la nuit des temps et dont les matériaux sont disponibles sur notre domaine. Nous sommes donc allés à la vigne pour prélever l’argile rouge qui se trouve dans le sous sol de l’une de nos parcelles.

J’avoue ne pas avoir eu le courage de creuser à la main l’argile aussi lourde et difficile, d’autant plus qu’il m’en fallait plus d'1 tonne ! Au bout de 30 cm de profondeur, on a trouvé l’argile que je cherchais, une argile aux couleurs profondes, intenses et à la texture dense, presque compacte et légèrement sableuse

Il nous a fallu remplir plusieurs remorques pour obtenir le volume nécessaire. Le deuxième élément du torchis est la paille. Nous n’avons pas été loin pour la trouver car c’est la paille de notre blé rouge qui pousse au milieu des vignes que nous avons prise

La qualité de cette paille n’est plus à démontrer. Elle dispose d’une tige longue, imputrescible et particulièrement solide, d'un jaune quasi or et lumineux. Avec un broyeur à sarments nous avons pu la découper en plus petit morceaux. Puis, nous avons acheté un peu de sable et de chaux naturelle pour améliorer la structure et permettre à l’argile de « prendre ».

Une fois tout en place, Serge à commencé à travailler. Tout d’abord, il a fallu poser le colombage ce que nous avions fait en hiver

Tout est fait en lambourdes de châtaignier directement prélevées dans notre bois, puis sciées dans une petite scierie à 4 km du domaine. Elles sont disposées de telle manière que les poussées par le poids du torchis, se répartissent irrégulièrement, évitant ainsi des phénomènes de concentration de masse, dangereux pour la structure. Puis serge a mélangé l’argile, la paille, le sable et la chaux, avec un peu d’eau de pluie

Puis, il a fallu mettre le torchis en montant progressivement un coffrage fait de planches clouées sur les lambourdes formant le colombage, torchis posé sur une semelle en pierres. L'épaisseur de 15 cm du torchis, ne nous permettant pas de le poser comme un enduis. Nous recherchons une masse lourde pour créer une inertie thermique.

Chaque jour il ne faisait qu’un tiers du mur afin que la partie maçonnée ait le temps de « prendre » avant de rajouter celle qu’elle devra porter

Il y a eu donc alternance de coffrage, remplissage, décoffrage, attente parfois de deux jours selon le temps, puis de nouveau coffrage etc…

Arrivé en haut, serge a décidé d’enlever une planche sur deux afin que le mur respire et sèche sans s’effondrer. Le torchis n'étant pas encore tout-à-fait "pris", il faut être très vigilant à ne pas le "libérer" trop tôt. Le mur fini, 3 mois seront nécessaires pour qu'il soit vraiment sec.

Une fois la rigidité parfaitement engagée, serge a voulu lisser le torchis pour lui donner un peu de forme et éviter en cas de pluie latérale, que l'eau ne s'accroche dessus

Ainsi, le chai terminé,

avec du calcaire concassé à même le sol d'origine, et un parquet en châtaignier à claire voie sur les allées; le chai peut enfin recevoir les amphores et les barriques de chêne. C’est un moment émouvant, le vin peut reposer naturellement dans l’élément qui l’a fait naître et continuer son élevage avec un « sevrage » tout en douceur.

dimanche 30 mai 2010

Vignes des enfants suite...

Antoine et françois ont décidé, profitant du beau temps, de passer les griffes dans leur carré de vigne. Il a fallu sortir le vieux cultivateur à cheval.

Il y a une chose que l'on oublie bien souvent, c'est que le matériel ancien a continué d'être employé lorsque l'on est passé du cheval au tracteur. Il a fallu plusieurs dizaines d'années avant d'obtenir une large gamme de matériels adaptée au nouveau moyen de traction. Dans le petit carré de vigne, aucune "machine" du Domaine ne peut entrer dans les rangs qui sont très étroits. C'est pourquoi on est obligé de réutiliser les vieux outils que l'on attele au Kubota, petit tracteur 4 roues motrices, utilisé au jardin. François décide de ne pas conduire le tracteur, mais de "griffer" lui-même le sol.

C'est le moment idéal pour faire ce travail du sol. Il a beaucoup plu il y a 10 jours, le sol est ressuyé, il fait chaud et sec, la terre se laissera encore faire pendant 2 ou 3 jours... après... soit il pleuvera soit le sol sera trop dur.

Une fois dans le rang, celui qui tient la charrue doit peser de son poid et surtout rester bien au milieu, la charrue ayant tendance à se déporter à chaque pierre rencontrée.

François montre beaucoup de maîtrise pour un jeune apprenti et Antoine manie le tracteur avec habileté et précision... le moindre écart et l'engin écrase le rang de vigne... certes la vitesse est à peine celle d'une tortue... mais il ne faut pas relacher l'attention. Le travail se fait parfaitement bien, et le sol s'oxygène et se "nettoie" avec beaucoup de facilité

C'est le secret d'un bon travail viticole, surtout avec l'argile, il faut le faire au bon moment... et François ne s'était pas trompé.. il fallait le faire maintenant

Sur un autre inter-rang, on a décidé de semer un engrais vert (ici du blé du domaine). En le broyant on n'aura peut-être plus besoin de travailler le sol avec la charrue...

... les plantes le feront à notre place... on fera le point après les vendanges. En attendant, par cette chaude journée de Mai, deux enfants ont voulu se rapprocher de la terre et renouer avec de biens vieilles pratiques qui demandent l'engagement du corps et le dialogue avec le vent. Point de produits chimiques faciles, point d'outils automatiques qui placent le vigneron plutôt dans une cabine de pilotage d'avion, que proche de la terre qu'il pourtant travaille. Ces deux enfants ont décidé que leur regard qui porte l'avenir, se nourrit d'une vieille image perdue... comme si elle ne cessait pas de les pousser de l'avant.

dimanche 16 mai 2010

Toutpousse

Les travaux de printemps ont commencé y compris pour les enfants qui ont décidé d'épamprer leur vigne

Le temps était idéal, un peu de soleil, légèrement frais mais pas trop, un vrai plaisir pour le travail en plein air. La vigne de Barbeyrolle pousse bien

Guy vient de passer les dents michel pour aérer le sous sol un rang sur deux. Comme on le voit, la vigne est totalement enherbée

Cela ne gène nullement les vieux merlots et cela permet de structurer le sol. Bien sûr, il va falloir enlever l'herbe sous le rang de vigne. Cette année, avec guy, on a décidé de passer le fils à tondre, tout simplement. Si il manque d'eau dans la saison, on détruira l'herbe de l'inter-rang, un rang sur deux. Sinon, l'aération du sous-sol suffira. Pour l'année prochaine on commencera le programme traditionnel des 4 façons. Donc après les vendanges, on va cavaillonner. Puis on décavaillonnera au printemps. Le sol de Barbeyrolle n'a pas été travaillé depuis longtemps; Il ne se laisse donc pas faire. Pour les Joualles en Périgord noir, la pousse est plus avancée qu'à Barbeyrolle. Mais étant en pleine nature, nous commençons à avoir le problème des chevreuils qui rafollent de la pousse du premier mois

Comme on le voit ici dans la plantation des cabernets francs, toutes les pointes des pampres ont été croquées... repas visiblement délicieux et sucré. Une dizaine de pieds ont été ainsi abimés par nos "amis" les chevreuils. Même si c'est un animal tout-à-fait mignon, je lui trouve moins de charme à la vue de mes pieds saccagés. J'ai dû vérifier la clôture électrique pour voir si il n'y avait pas une faille quelquepart...? Il y en avait une! L'électricité s'arrêtait juste avant l'endroit par où passait le chevreuil. Après réparation, le courant passe partout... j'espère que notre ami le chevreuil ne reviendra plus... je ne l'ai pas prévu pour le dîner, il n'a donc pas son couvert servi... ce sont les petits soucis de la campagne... les voleurs ne sont pas dans la ville chez nous... il sont dans les bois, et ils nous volent tout antant que les autres. Au moment de la vendange, il faudra craindre les sangliers qui adorent le raisin bien mûr.

dimanche 9 mai 2010

L'exil du vin français

Alors que plusieurs pays d'Europe et de la planète vont avoir des télévisions sur la bière, les alcools forts et le vin... la France; grâce au progrès de sa société, a interdit, par l'intermédiaire du CSA, la création d'une télévision dédiée au vin...!!! Le vin... symbole du sang du Christ qui dans un calice d'or serti de pierres précieuses était levé au ciel devant une foule prosternée... l'un des fondements de notre civilisation... le vin n'est plus le bienvenu dans notre pays... nous qui l'avons amené à un si haut degré de perfection. Douce France... le pays de mon enfance... que t'arrive t'il? Pourquoi remplaces tu une inquisition pas une autre... au nom du Bien! Pourquoi veux-tu fouler au pied ce que ton talent magnifie? Pourquoi tournes tu le dos à ce qui a fait ton prestige et qui a rendu ton style de vie si envié... et copié à travers le monde? Toi, dont le peuple a l'une des espérances de vie les plus longues de la planète, pourquoi te laisses tu manipuler par l'hygiénisme extrémiste? Toi dont le mode de vie est fait de convivialité, de partage, d'échanges, de fêtes, de plaisirs de la table... bref d'entente entre les Hommes... pourquoi acceptes tu d'évoluer vers la violence d'une société anglo-saxonne, faite de libéralités, de ghettos communautaires et d'interdit moral? Tu cherchais l'harmonie, tu installes le rapport de force. Tu cherchais le partage, tu t'engouffres dans la compétition. Tu admirais le savoir faire, tu auras le technicien. Tu avais foi en ton terroir, tu es devenu hors sol. Tu croyais en l'Homme, tu ne crois plus qu'au consommateur... un espèce de zombi, entièrement dominé par ses instincts, immature et irresponsable. Alors voilà... une loi est là pour nous protéger car nous sommes devenus des zombis... oui! je te l'annonce, toi, vieux peuple de France... toi qui a tant rêvé d'universalisme, de lumières, d'humanisme, de sagesse, d'esprit et de bon vin... tu as capitulé devant ce que tu détestais le plus... Ainsi, papa Evin qui pense que nous sommes devenus tellement idiots, nous l'a bien concocté cette loi. Et grâce à elle... cette télévision... comme Hugo, va s'exiler... à l'étranger. Combien de temps nous restera t'il avant que l'on interdise la production de vin dans l'hexagone? Le compte à rebours a commencé.

vendredi 7 mai 2010

une journée de printemps

Ce matin le thermomètre affichait 4°. Il a neigé hier... nous sommes au mois de Mai... les "Saints de Glace" comme on les appelle, sont venus me rafraichir la mémoire... rien n'est définitif dans la nature, tout peut arriver. Un petit -1° pendant une heure ce matin... et au lieu de vin, n'auraient coulé que des larmes de mes yeux. J'ai eu chaud... ou froid... comme on voudra! Après le thermomètre, je suis allé voir le pluviomètre... il a plu 25 litres d'eau au m2.

Autant dire que la vigne n'a plus de protection. Une nouvelle pluie et le mildiou ne me laissera pas de répis. Un traitement s'impose. Il faut que j'aille à la vigne et que je vois son développement.

Tout se passe bien, la vigne a profité de la pluie... on en est au stade 13 avec déjà les grappes bien formées et les feuilles qui s'étalent

Le sol s'est abreuvé d'eau mais il semble bien respirer... aucune flaque, pas d'eau stagnante... le travail du sol avec les dents Michel ont parfaitement aéré le sol en profondeur

Les engrais verts poussent bien et travaillent le sol avec leurs racines... ici la fèverole et l'avoine

Ils sont en train de se charger d'énergie. Dès que la vigne en aura besoin, ils lui donneront ce qu'ils ont précieusement stocké. C'est exactement ce que je cherche... réduire de ma démarche l'idée de concurrence, pour privilégier celle de symbiose. Chercher à mettre ensemble des plantes qui naturellement se solidarisent... les unes profitants des autres dans une sorte de mutualisation de leurs efforts. C'est en grande partie ce que fait la nature... avec aussi de la concurrence bien sûr... mais aussi une certaine forme de solidarité. C'est cela l'esprit de Masanobu Fukuoka... chercher au maximum les symbioses végétales. Passer d'un viticulture "parcs et jardins" à une viticulture paysanne, vivante et naturelle. Mais cela ne m'empêche pas d'être obligé de traiter... le mildiou n'existait pas il y a deux siècles en Europe. Tout les plants sont greffés et fragiles. Aujourd'hui je vais positionner du soufre et du cuivre sous forme hydroxyde et sous forme cuivreux... à des doses homéopathiques: 200 grammes de cuivre métal à l'hectare... une poignée. Il faut ressortir le tracteur avec son pulvérisateur qui semble sorti de la navette spatiale.

L'idée de troquer mon tracteur pour un cheval me démange depuis longtemps. Tenez, l'année dernière, j'ai assisté à une démonstration d'un traitement avec le cheval... c'est vraiment surprenant... non?

Bon, le cadre, ici, n'est pas assez grand pour la vigne qu'il est sensé englober et pulvériser. Mais c'est juste une question de réglages et de frabrication. Mais, on peut vraiment presque tout faire avec des chevaux... sans compter qu'ils ne tassent pas le sol avec leurs "pneus". L'important est de bien recouvrir les feuilles et que le temps sèche bien la bouillie sur les plantes pour qu'elle "colle" parfaitement. Certains anciens me disent que le traitement doit "prendre saison"... comme le labour ou le binage. Le positionnement de la bouillie représente 80% de la réussite du traitement. Les doses sont si faibles qu'il faut se concentrer sur le moment opportun de l'intervention et sur la qualité de la pulvérisation. C'est, je l'avoue, un moment un peu stressant du travail... une panne de moteur ou de pulvérisateur n'est pas autorisée... il faut que tout ait été parfaitement contrôlé avant le travail. Un petit problème... une pièce qui casse... un tuyau qui se bouche... il faut réparer... trouver en ville les pièces... démonter les tuyaux, les goutteurs, les pastilles, les clapets... et la bouillie qui attend dans le pulvérisateur et qui peut précipiter ou colmater les buses. Si on ne va pas assez vite... trop tard, la pluie arrive, on ne peut plus intervenir... la vigne est à la merci d'une contamination... la bouillie est bonne à jeter. Sait-on cela lorsque l'on boit un bon vin, avec des amis, sur un gigot? Non... et c'est tant mieux. Mais que de soins, de sueurs... froides quelquefois, de tension, de fatigue, de découragement... pour arriver à ce miracle qu'est le vin

dimanche 25 avril 2010

Vigne des enfants

Une fois le pliage des lattes fait, il a fallu sortir les bois des rangs de vigne pour en faire des fagots, bien rangés en bout de rang. C'est enfin chose faite:

Les fagots ont toujours été la propriété des vignerons qui taillent la vigne. La loi existe encore mais elle n'est plus appliquée. Souvent les sarments sont broyés ou brûlés. François et Antoine ont décidé de les donner à des amis qui adorent se faire les fameuses côtelettes d'agneau aux sarments de vigne... ayant un four à pain dans la propriété, il a aussi décidé de s'en garder quelques uns...! Sage décision, la générosité n'empêche pas un certain réalisme. Puis, j'ai dû sortir la vieille décavailloneuse autrefois tirée par un cheval, stockée dans la grange

aucune machine du domaine ne pouvant passer dans cette petite vigne, nous l'avons attelée à un Kubota... puis nous avons "ouvert" les rangs de vigne

on dit aussi "curer", mais c'est moins joli. Il faut une certaine maitrise de l'outil pour bien le faire... heureusement j'avais fait, il y a plusieurs années, un stage chez Jean, que je voyais faire avec son cheval quand j'avais 4 ans. Il m'a appris le "tour de main"... et a beaucoup ri comme d'habitude. Ainsi, les pieds sont débarrassés en partie de l'herbe et peuvent se gaver de nourriture et d'eau. Au moment du débourrement, c'est très important. Après la fleur, pour respecter les "quatre façons" on recavaillonera avec une vigneronne... tirée par le Kubota... peut-être un jour par le cheval... qui sait. François m'a bien aidé, je crois qu'il aura le coup de main.

samedi 17 avril 2010

aération de printemps

Ce matin après le lever, je suis tombé en admiration devant le cerisier en fleur...

Une explosion de parfums et de couleurs... c'est toujours un emerveillement pour moi. La chaleur des journées ensoleillées que nous avons, autour de 19° à 21° permet la montée de la sève aux fleurs, l'activité des abeilles... promesse de fruits et de miel! Après une semaine de très beau temps, et un décavaillonage de la vigne hier avec Guillaume, j'ai sauté à nouveau sur mon massey pour atteler les dents Michel. L'instrument est assez impressionnant

Il a fallu que je permute les dents ce matin... chaque dent pèse son poids, et les sortir du cadre pour les réincérer, a nécessité une masse. La mécanique agricole n'utilise que rarement des tournevis d'électronicien. L'intérêt de cet outil pour moi et qu'il aère le sol en profondeur sans bouleverser les horizons... c'est à dire les différents niveaux du sol comme le fait un labour avec une charrue (qui met dessous la terre du dessus) et pire le défonçage du sol (excuse moi Hervé! je n'ai pas fait exprès). Le sol est respecté grâce à ces dents qui sont montées sur des supports courbes:

L'outil va donc aérer le sol en soulevant et en brisant les compactages, ceci assez profondément sans affecter la structure du sol ni sa surface

Comme on le voit, on a à peine l'impression qu'un travail a été fait. L'idée et de créer une circulation, la plus intense possible entre la vigne et la roche mère pour puiser le maximum d'arômes dans le terroir. Cet aération va véritablement faire exploser l'activité fertile et les racines de la vigne vont littéralement plonger pour se nourrir d'éléments organiques ainsi délivrés... la roche mère étant à quelques centimètres... la jonction se fera assez rapidement. En plus, les racines paresseuses qui restent en surface sont coupées. La vigne est forcée de plonger et de chercher sa nourriture dans des humus qui ne sont pas touchés par la sécheresse estivale. Lorsque l'argile se rétracte et se gonfle au fur et à mesure de l'alternance des pluies et des périodes sèches, il casse aussi les racines de la vigne l'obligeant à en reformer d'autres... d'où l'intérêt de l'argile pour la vigne. Car se rythme naturel, que j'amplifie simplement, est très qualitatif pour le vin.