Domaine de la Voie Blanche

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jeudi 10 mai 2012

L'osier... un progrès!

Au domaine, on essaie de rompre l'effet de nouveauté technique en testant des anciennes façons.

Bien souvent, dans les années 60, on a abandonné des pratiques agricoles uniquement parce qu'il fallait changer... c'était le sacro-saint progrès.
Dans un des films de Depardon, la question est posée au paysan pourquoi il a abandonné l'ancienne batteuse. La réponse est très claire, d'abord il ne sait pas... puis... il finit par marmoner: "C'est le progrès".

On acceptait d'utiliser une machine, même si celle-ci ne permettait pas véritablement d'améliorer le travail. Puis une fois la machine acquise et l'ancienne pratique abandonnée, un processus incroyable s'est mis en marche: l'obsolescence. Périodiquement, des améliorations par rapport à la machine précédente et l'admiration face à la technique, a obligé nombre de viticulteurs à se "moderniser" d'année en année.

Et bien souvent, sur certaines pratiques, pas toutes bien sûr, les anciennes techniques sont plus rentables et plus rapides. L’utilisation de la Bouillie bordelaise, par exemple, additionnée d’extraits de plantes ne coûte presque rien alors que les produits chimiques équivalents sont véritablement hors de prix et en plus dangereux.

A propos du liage de la latte sur le fils, de nombreuses machines ont fleuri, toutes plus performantes les unes des autres… jusqu’à l’utilisation de nouvelles machines électriques.

Au domaine on utilise une machine qui torsade un fil de fer gainé de papier. Cela va assez vite mais dans cette pratique, la vitesse est quand même limitée à la vitesse de pliage de la latte sans qu’elle casse.

Ainsi, malgré tous les progrès que l’on peut imaginer, la fragilité de la latte constitue la limite infranchissable à son liage.

Un ancien vigneron voisin continue à lier avec de l’osier. Tout le monde se moque de son archaïsme… sauf moi qui lui a demandé comment il faisait.

J’ai décidé de faire un essai sur mes bourdalès conduit en échalas

Il m’a gentiment offert deux bottes de tiges en osier pour faire ce test et m’a montré sa technique avec une vitesse stupéfiante.

Une fois la latte positionnée en corbeille, on place la tige

Puis on fait une rotation

Enfin on place le bout droit derrière la latte ou ailleurs pour qu’il s’y fixe par effet de contre force

Puis on coupe le reste de la tige pour continuer à l’employer

Ainsi la latte est attachée

Ici, le bout de tige sur la droite veut virer vers la gauche, l’échalas l’en empêchant, par effet de contre force, le nœud est solidement fait.
Au bout de quelques jours l’osier sèche comme pour un panier en osier, et l’attache devient extrêmement solide.

Avec de l’entrainement, on arrive à augmenter considérablement la vitesse pour dépasser celle des machines. En plus c’est très économique car il suffit de planter de l’osier, c’est écologique et c’est beau !

Voilà un « poste » où l’on va sans doute basculer vers l’utilisation de cette ancienne « façon ».

Le problème est toujours de ne pas se laisser aveugler par les préjugés, et d’analyser le plus objectivement possible, là où le progrès technique permet une amélioration… et là où il ne sert que l’intérêt économique de quelques entreprises.

En agriculture, l’explosion des gadgets technologiques est souvent un véritable fléau, et de nombreux agriculteurs se laissent entrainer sur cette dangereuse voie.

L’exemple le plus dramatique se trouve dans le lait où l’abandon du pâturage avec l’élevage hors-sol et son pendant… la culture du maïs, à obliger les producteurs à investir massivement dans des machines quelquefois sophistiquées. Cela a abouti à une surproduction de lait (de mauvaise qualité par ailleurs) qui a littéralement siphonné les gains de productivité à cause de l’effondrement des cours avec pour conséquence l’explosion des coûts de production.
La seule sortie est de concentrer les fermes au maximum, c’est-à-dire à un retour au moyen-âge avec de grands propriétaires exploitants une main d’œuvre à bon marché… Et cela sans évoquer l’impact écologique désastreux.

Alors qu’autrefois, le pâturage (c’est-à-dire herbe plus foin) était pratiquement gratuit, pas besoin d’engrais, de semences et de gros tracteurs. Certes, on ne peut pas avoir autant de vaches que dans l’hors-sol, mais on a de très faibles coûts de production… et en plus le lait est délicieux. Et bien ce modèle a été abandonné pour des raisons technocratiques et fort peu rationnelles.

dimanche 29 avril 2012

La vigne immergée

C'est un beau spectacle pour moi de voir la vigne immergée dans des fleurs et des herbes vertes

L'objectif est de suciter la vie autour de la vigne, de multiplier la diversité et surtout de couvrir le sol. Pas de sol nu... ou en tous cas... le moins possible. Les bandes blanches que l'on distingue dans la vigne, sont les féveroles qui sont en pleine fleur.

Cette année, c'est spectaculaire... avec les dizaines de litres d'eau par m2 que le Périgord a reçu depuis 3 semaines, les plantes se développent considérablement. Le résultat est vraiment magnifique.

Les pieds de vigne ont l'air vraiment immergés dans un bain de verdure.

Le froid est progressivement en train de disparaître avec à la place le réchauffement habituel du mois d'Avril. Toute cette végétation va bientôt être broyée pour constituer un humus riche et vivant pour la vigne. Mais avant le broyage et l'enfouissement, je sèmerai dans la couvert végétal de la moutarde.

Cette crucifère naitra puis lorsque l'avoine/vesce/féverole seront détruites, elle les remplacera pour ensuite recouvrir le sol et ainsi le protéger durant les mois difficiles de Juillet et Août. En effet, avec un soleil destructeur et asséchant et des orages qui ont un effet battant sur la terre nue et crée de véritables croutes dures et asphyxiantes, Juillet et Août sont de véritables dangers pour la terre comme pour notre peau. Il faut l'écran total! C'est à cette condition qu'il ne se détruit pas.

L'idée est donc de mulcher au maximum... c'est notre pommade "été bronzage sans coups de soleil"! Les coups de soleil, c'est tout ce que nous voulons éviter pour respecter la vie qui grouille sous nos pieds et qui comme nous a besoin de fraicheur, d'humidité et de nourriture.

Faire vivre le sol est l'un de nos objectifs prioritaires. Claude Bourguignon dit que la plante prend dans l'air ce dont elle a besoin pour pousser, et dans le sol ce qui la rend savoureuse.

Manger des tomates "hors sol"... elles ont tout de la tomate, mais elles n'ont aucun goût. Mettez les dans un sol vivant et riche, elles pousseront sans maladie et elles seront délicieuses et sucrées!

Pourquoi avons nous oublié ce bon sens.

mardi 17 avril 2012

Enfin on passe au nouveau carburant agricole

On passe enfin au carburant GNR (Gazole Non Routier) ! Il a l’avantage d’être plus écologique. Nous avons fait les premiers tests le lundi de Pâques dans la nouvelle plantation de Bourdalès.

Guillaume, à la charrue, n’a aucune peine à utiliser correctement son relevage manuel. L’avantage de ce GNR est qu’il nous fait un peu plus souffrir que l'ancien carburant.

Il comporte un taux de matière végétale important (le cheval aimant beaucoup le fourrage) qui le rend peu polluant (le cheval ne rumine pas, donc pas de production de méthane).

Il ne produit aucune pollution sonore, ce qui dans notre cas n’est pas trop important (pas de voisinage). Il ne compacte pas les sols. Et il a l’avantage, s’il le veut, d’enrichir la terre par une fumure de très bonne qualité (ses bouses).



Bon, Guillaume maitrisant parfaitement la décavaillonneuse pour s'être entrainer avec un tracteur, la vitesse du cheval... l’a un peu surpris! Mais finalement, le travail s’est plutôt bien fait.

Le plus dur était de convaincre le cheval que l’avoine était pour la vigne… ! La vieille charrue a parfaitement fait son travail en creusant un sillon désherbant particulièrement efficace

Le résultat est sans appel

Les petites plantes de bourdalès (fer servadou) vont enfin profiter de la lumière et se développer sans concurrence excessive. Finalement, les techniques anciennes ne sont pas sans efficacité.

Peut-on avancer prudemment l’idée que le progrès peut nécessiter parfois... à certains moments... sur certaines activités... de reculer ?... peut-être pour mieux sauter !

dimanche 18 mars 2012

Les travaux s'accélèrent

Le mois de Mars on sent progressivement le réveil de la nature et l'intensification des travaux dans la vigne. Après les longs mois d'hiver où l'activité, sans être de tout repos, prend un rythme décontracté, le début du printemps nous amène progressivement à l'activité des soins de la vigne, avec le point culminant en Juin.

Les pluies étant sur le Périgord depuis hier, nous avons épandu des plumes de volailles hydrolysées. L'intérêt est d'amener un complément en Azote organique à la vigne à cause des engrais verts.

C'est une sorte de fumier mais reconstitué en bouchons pour pouvoir l'épandre facilement. En effet, l'avoine risque de prendre une partie de l'azote à la vigne pour pouvoir pousser. Je crains une risque de concurrence.

Pour être sûr que l'engrais vert pousse bien et ensuite se décompose bien une fois détruit sans inconvénient pour la vigne (faim d'azote), je préfère accorder ce complément naturel. Cet apport permettra le démarrage d'un cycle vertueux avec un engrais vert qui constituera un humus riche.

Il ne sera plus nécessaire, dans l'avenir, de remettre un engrais organique, mais juste de resemer de l'avoine, de la vesce... semis qui se fera sans doute naturellement si je laisse le grain d'avoine se former. Chaque pousse capturera de l'azote. L'humus captant aussi beaucoup d'azote, la vigne n'aura plus besoin d'aucun apport (l'humus est aussi un très grand capteur de CO2! c'est sans doute le plus grand dépollueur de la planète). C'est le but que je me suis fixé... en faire le moins possible, chercher à enclencher un cycle naturel, et l'accompagner.

La fertilité du sol ne doit pas faire l'objet de travaux astreignants, coûteux et dévoreurs de temps (labours, désherbage, épandage, griffage, binage...) comme on le fait traditionnellement. La Nature le fait mieux que nous. Mon idée est de la faire travailler à ma place. J'évaluerai au fur et à mesure de l'année les points positifs et négatifs de cette expérience.




Avant les pluies, il fallait mettre la fumure dans toute la vigne, c'est fait, tout était au sol vendredi. Bingo! il pleut beaucoup, les bonchons vont larguer leurs matières organiques, la machine naturelle va commencer à se mettre en marche... et votre serviteur va progressivement entrer dans sa phase intensive... fin de tirage des bois, broyage, liage, décavaillonnage, soutirage, analyses, mise en bouteille, expéditions, comptage d'insectes, traitements, relevage, épamprage... ouf! Encore quelques jours de méditation et... en avant la musique!

vendredi 16 mars 2012

Taille tôt ou tard

« Taille tôt taille tard, rien ne vaut la taille de Mars » ! Combien de propriétés viticoles peuvent encore suivre cet adage ? Plus beaucoup. L’augmentation des dimensions des domaines, et le type de structure salariale qui les contraint, font que l’on commence à tailler au mois de Novembre, à la chute des feuilles, et que l’on finit mi-Mars.

En Périgord, autrefois, les propriétés étaient organisées en Métairies. Chaque métayer s’occupait d’une ferme avec un ou deux bœufs. Il faisait de la polyculture : céréales, élevage (moutons, chèvres, poules, cochons…, vaches plus rarement), fruits (noix, châtaignes, noisettes…) et de la vigne. Ainsi, les hectares de vignes étaient taillés en quelques semaines… chaque paysan ayant de petites parcelles. Pour trente hectares de vignes, on pouvait avoir 40 métayers ! Aujourd’hui, 3 ouvriers suffisent... à condition de commencer tôt dans la saison.

Sur la taille de Mars, deux écoles s’affrontent : ceux qui disent que tailler tardivement provoque un affaiblissement de la plante car la sève coule par les plaies de taille non encore cautérisées… et ceux qui pensent que cet écoulement permet à la vigne de ne pas être contaminée par toutes les maladies du bois (esca, eutypiose, excoriose, black dead arm…) qui, il est vrai, sont en train d’exploser de façon alarmante. Tailler tard ralentit par ailleurs, la sortie des bourgeons et préserve ainsi, les plantes des gelées tardives.

Si l’on essaie d’observer la nature, la vigne, comme de nombreuses autres variétés (arbustes, fruitiers…) est taillée par les animaux sauvages. Nous en savons quelque chose au Domaine où nous sommes obligés de protéger tout le tour de la vigne par quatre rangs de fils de fer électrisés. C’est à la montée de sève que les cerfs et biches grignotent les bois. C’est à la pousse début Mai que les chevreuils croquent le bout des pampres, gorgée de sucre. A l’Automne, comme en hiver, point de dégâts, sauf pour les vendanges bien entendu, où les pillards abondent. Ainsi, tailler tard… n’est pas seulement un dicton venu de paysans arriérés, incultes et sujets à de croyances obscures et infantiles, mais participe d’un cycle plus vaste, dont les proverbes ne sont que le résultat d’observations consciencieusement transmises.

Il semble que ce soient les chèvres, il y a fort longtemps, qui ait appris à l’homme l’intérêt de tailler. Les buissons qu’elles croquaient faisaient plus de fruits ! Il y a beaucoup de tailles différentes. Les variétés de vigne ont chacune leur taille idéale. En gros, certaines doivent être taillées courtes, les deux premiers bourgeons étant fructifères, d’autres longues : c’est au troisième voire au quatrième bourgeon que la fructification se fait. Nous, on pratique la double guyot. Elle a l’avantage de bien ouvrir le cep et ainsi d’aérer les grappes, et, avec des lattes courtes, d’éviter l’effet « fenêtre » que l’on observe parfois sur certains cépages : sur certaine lattes, deux ou trois bourgeons au centre, ne se développent pas.

En Périgord on pratiquait autrefois la taille « à cot », comme dans de nombreuses régions du midi qui ont des ceps conduits en «gobelet ».

La guyot est plus productive et d’une conduite plus aisée. Elle permet aussi de placer toutes les grappes au même niveau sur le fils du bas, bien exposées au soleil et à l’air, et facilement observables pour le vigneron toujours en quête d’informations sur le bon état de ses chères grappes.

Vous voyez ! en un coup d’œil on voit tout, pas besoin d’aller perdre du temps à chercher les grappes dans les feuilles. On en profite aussi pour finir l’examen complet du palissage et des marquants

Le décavaillonnage et le liage approchent. Il faut que les pieds soient bien consolidés lors du passage du « tâteur » de la charrue. A chaque décavaillonnage on casse des marquants. Il faut ensuite passer dans toute la vigne, car les marquants abimés restent souvent attachés au pied de vigne et on ne les différencie pas toujours de ceux qui sont intacts. Si on en laisse cassés, au prochain passage de la charrue, c’est le pied qui risque d’être arraché… c’est donc particulièrement important de bien tout vérifier. Dans quelques années, la vigne n’aura plus besoin de marquants, les pieds seront suffisamment gros et vieux pour résister. Ce sera toujours du temps d’économisé.

mercredi 7 mars 2012

Il faut bien jeter l'ancre

On profite du beau temps pour faire les réparations du palissage. D’ailleurs, à propos de roche-mère, si elle m’apporte tous les minéraux indispensables à la vigne, elle peut aussi me poser des problèmes. Le principal est que les amarres de bout de rang qui tiennent les fils de fer et permettent de tendre la structure, ces amarres… la roche-mère n’en veut pas. Il faut donc opérer autrement.

Ici, on doit creuser un trou jusqu’à la roche pour y faire un trou à l’aide d’une perceuse… pour gros bras

On voit qu’à cet endroit de la vigne, la roche n’est pas très loin sous la couche d’argile. Une fois le trou fait, on y implante un crochet très solide vissé sur une cheville métallique à béton.

La couche de terre n’est pas assez profonde pour qu’une amarre classique vienne s’y fixer. On attache le fil de fer

Et hop, le tour est joué

Bon ! Seules 5 amarres ont dû être faites ainsi. S’il avait fallu en faire 400… !? J’aurai plutôt planté des framboises !

Enfin, maintenant on peut tendre la voilure pour aller chercher le soleil.

Avec le sol ressuyé, c’est le moment de faire tout le tour de la vigne et de tout réparer.

lundi 5 mars 2012

L'éternel retour!

Les travaux d’hiver continuent. On espère tout finir aux environs du 20 Mars.

Les bois sont posés à même le sol et seront broyés. Cela apportera un humus très intéressant qui ne se fabrique pas avec des petits animaux(entre autre) comme pour la paille (cellulose) ou pour les déchets verts (broyage d’engrais vert), mais principalement des champignons. Ce sont les seuls qui sont à même de décomposer la lignine. Cela produit un humus assez stable et très structurant. C’est le principe du BRF mais sans recouvrir totalement le sol… on n’a pas assez de sarments !




A gauche on voit l’avoine qui va exploser à la montée des températures et va « labourer » le sol, sans outils.

Là, j’ai imaginé deux stratégies : soit j’attends que l’avoine murisse et je broie une fois le grain formé, soit, s’il fait une sécheresse, je broie l’avoine fraiche. La première est idéale car elle me permettra de démarrer un cycle vertueux d’apport naturel d’azote et d’humus en laissant les « choses » se faire toute seules (principe du non-agir cher à Fukuoka), la deuxième apportera de la matière fraiche et humide au sol tout en le couvrant, ce qui permettra un lutte contre la sécheresse et donc le stress hydrique avec pour inconvénient… être obligé de ressemer en octobre.



Si je broie plus tôt, je sèmerai sous couvert de la moutarde avant le broyage. Celle-ci permettra une continuation de l’activité organique du sol et la captation d’azote et de minéraux supplémentaires. Le semis d’octobre pourra aussi se faire sans labour, en semant dans la moutarde puis en broyant dessus. Pourquoi la moutarde ? Du fait qu’elle est une crucifère est qu’elle a la qualité d’extraire le soufre du sol et de le mettre à disposition… ce qui est excellent dans un sol calcaire avec des bandes marneuses qui quelquefois avoisinent les PH 7,5 voire 8 ! (au fait ! il y a plus de soufre dans votre pot de moutarde ou dans votre brocoli (autre crucifère) que dans votre verre de vin !)

Le soufre débloque ainsi le fer et le manganèse… carence souvent observée (par temps humide) dans de tel sol sauf avec des porte-greffes type fercal… bien adapté au bicarbonate de calcium. Mes porte-greffes sont plus qualitatifs, riparia 161-49 par exemple, qui supporte ce type de sol… mais sans excès. Pour éviter la « faim » d’azote qui risque d’arriver si je pousse la maturité de l’avoine, j’ai fait un apport de matière organique sous forme de granulés. J’ai épandu des plumes de volaille qui contiennent 7% d’Azote organique. A 15 unités l’hectare, je pense être préservé du risque de manque.



En effet, il faut comprendre que lorsque l’on dépose sur le sol des matières organiques, celui-ci utilise de l’azote pour les décomposer (azote devient protéine et donc nourrit les « petites bêtes »). Cet azote n’ira pas à la vigne. Ceux qui paillent leur potager ont dû le remarquer au début. Il faut donc compenser. Fukuoka préconise de faire pâturer des canards et des poules avant les plantations. Leurs fientes est particulièrement riche en azote. Ils ont en plus la qualité de dévorer les escargots et les limaces ! Il lui arrivait aussi, certaines années d’épandre à la volée de la fiente en poudre sur la paille. Pour des cultures type riz ou blé cela peut-être nécessaire.

Mon idée est de le faire au départ du processus afin de ne pas gêner la vigne. Dans un contexte économique plus généreux, j’aurai accepté une baisse de l’activité des pieds de vigne. Mais là… ! Par la suite, je pense qu’il ne sera plus nécessaire de le faire grâce à la constitution sous couvert d’un humus très riche. Du moins, je le suppose. La vigne n’ayant besoin que peu d’azote (contrairement aux céréales), je pense que l’on aura un certain équilibre.



L’autre intérêt de la moutarde est qu’elle se sème à partir du mois de Juin… voire avant. Cela me convient parfaitement avec la rotation que j’envisage. On verra bien, donc, ce qui arrivera. Le tout est d’être prêt.

Par contre, l’avoine semée dans la jeune plantation sera broyée une fois sa fleur passée. J’aurai besoin d’éviter trop la concurrence et d’amener beaucoup de « fumure » aux jeunes plantes.

A moins que j’observe un bon développement… alors, je ferai comme pour la vigne adulte.

L’idée de tout cela n’est pas seulement de pratiquer une viticulture durable et saine écologiquement, mais aussi d’augmenter considérablement l’activité du sol pour forcer les échanges entre la vigne et la roche mère. Bref ! Faire de « l’hyper-terroir ».



Ce principe de fertilisation ne consiste pas à amener les minéraux (bref, pratiquer des intrants) sous forme chimique (type NPK), ou sous forme biologique (fumier, compost), mais de susciter la vie organique du sol pour extraire les minéraux de la roche-mère elle-même. Konrad Schreiber parle de recherche de fertilité et non de fertilisation. Et pour moi, encore plus, je souhaite provoquer de la « vie organique intensive » !



C’est ce qu’a fait Fukuoka, qui, sans engrais, uniquement en faisant pousser des plantes, est arrivé à avoir autant voire plus de rendements que ses voisins chimiques purs et durs. Et cela sans fatiguer le sol… au contraire, en y multipliant la vie. Un sol, pour qu’il soit fertile, il ne faut jamais qu’il se repose. Plus il travaille, plus il est en forme ! Gymnastique tous les jours… c’est le secret.

Approcher le sol sauvage… c’est l’horizon que je me suis fixé… pourquoi ? Pour extraire la quintessence du sol, pour que se multiplient les arômes du vin tout en gardant son unité, sa direction. Cette unité ne peut être obtenue, pour moi, qu’en exacerbant l’effet terroir. Car les sols sont comme les empreintes digitales, aucun ne se ressemblent vraiment. Plus le vin vient du sol et du microclimat, plus il ne ressemble à aucun autre vin et plus il se charge de la complexité formée par l’infini variabilité qu’offre la constitution minérale d’un sol (taux de potasse, de phosphore, de magnésium, de cuivre, de bore, de manganèse, de fer, de silice, de sable, d’argile, de limon, de calcaire…), sa pente jamais simple, son exposition au soleil, son hydratation, son aération, son environnement… bref ! Ce que l’homme ne sait pas faire… produire du complexe… quand il s’agit d’agriculture, il ne sait que formater, rationnaliser et donc simplifier !

Ce qui m’importe c’est de m’effacer et de laisser faire : le non-agir. C’est ainsi que je conçois la recherche d’une identité forte. Paradoxale ? Me direz-vous… Sans doute !

mercredi 29 février 2012

Quel beau pays!

Sur le parcours de mes allers-retours de la vigne de Saint-Cyprien à celle du Fleix, un bouleversement s’est produit sur le très beau Domaine Bellevue-Peycharneau… qui portait bien son nom. Ce château viticole est placé dans une des plus bel endroit du pays foyen (Ste-Foy-la-Grande)

Ce domaine est vraiment très beau. Les pentes de ses vignes assurent un drainage et un ensoleillement optimum.

Les bâtiments ont trouvé une sorte d’harmonie entre l’architecture typique d’un chai bordelais et le style ancien du Bergeracois. L’horizontalité du chai à l’air de vous ouvrir ses bras !

Les allées de cyprès lui donnent un cachet vraiment singulier. J’ai toujours adoré passer devant ce château et observer cette image nostalgique d’un passé qui s’efface de plus en plus. Et oui ! le présent nous amène le progrès et la modernité. Et avec lui, le sens de la mesure et de l’harmonie. Depuis 8 mois, les pelleteuses sont en actions devant ce domaine

On y a fait un parking. Vous me direz : « mais il faut bien que les gens se garent pour aller acheter du vin ! Sauf que…

Le parking… c’est pas pour le château… mais pour une de ces merveilles de l’architecture contemporaine dont la grande distribution a le secret…

En quelque mois, un immense centre commercial Leclerc est venu se placer de façon ostentatoire devant notre vieil édifice plein de grâce et de mesure. Le château se devine derrière les barres posées sur un des sols agricoles les plus fertiles du Périgord… fruit de l’alliance d’un épicier cupide, d’un architecte sans éthique ni imagination et d’un élu sans scrupule.

Le clou de l’affaire est ce pauvre panneau placé pour montrer Bellevue-Peycharneau (portant bien son nom maintenant), et qui ne peut pointer …

…. Que la belle vue qui s’offre à nous !

samedi 18 février 2012

Après le dégel

Les grues sont enfin de retour. En pleine taille au milieu de la vigne, le bruit caractéristique d'un vol de grues m'a fait lever la tête. Juste le temps de prendre mon portable

Bon!... avec un portable, il ne faut pas s'attendre à une photo plus précise... on distingue tout juste le V du vol.

Mais le moment est toujours magique. Elles remontent vers le Nord... cela indique que le printemps est en train de se rapprocher, mais surtout, que le froid est derrière nous. Quel mystère que ces migrations!

Malgré les doigts gelés et la fatigue qui commence à poindre... une telle vision m'emplie de joie.

Je me sens comme faisant partie d'un immense cycle qui me dépasse et dont pourtant je participe. Chaque année elles passent au dessus de la vigne, soit pour annoncer l'Hiver, soit pour annoncer le Printemps, et chaque année on ressend le même émerveillement.

J'ai reçu plein de SMS... d'autres amis, vignerons bien sûr (les seuls paysans à être dans leurs parcelles en plein hiver!!!), les regardaient à leur tour.

C'est toujours une fête quand on les voit... et pourtant, c'est tous les ans pareil.

jeudi 16 février 2012

Après le dégel

Après une vague de froid sans précédent, comme on dit, le dégel est enfin arrivé. La première exploration que j'ai voulu faire s'est concentrée sur mes engrais verts. Pour ce qui est de la féverole, certaines étaient en pleine forme

D'autres ont accusé le coup avec des traces noires sur leurs feuilles

Dans mon potager, les fèves, elles, ont carrément accusé le coup et je ne suis par sûr que certaines s'en remettront! Mais qui sait? La fève est très ancienne en Europe. Elle est bien adapté. Mais, dans la vigne, des féveroles meurtries par le froid et d'autres, dans le même rang à proximité, indemnes? C'est vraiment très étonnant.

Quant à l'avoine, même constat. Certaines plantes ont littéralement grillées comme l'herbe

Cela ne les a pas tuées, mais on peut dire qu'un rang sur deux, elles sont grillées, et l'autre rang, elles sont vertes! Va savoir! Que comprendre?

jeudi 9 février 2012

Coup de froid sur la SNCF

Parti ce matin à 4h45, pour découvrir qu’il n’y a pas de train à 6h13, reprendre le 4X4 (routes enneigées et dangereuses) pour foncer à la prochaine ville Brive… deux heures de retard pour le prochain train… et tout ça sans infos en avance… le départ est pour 11H00 au lieu de 6h13!! Ah ! la SNCF ! Et quand je pense que nos ministres sont fiers des comptes positifs de la SNCF… ils sont vraiment déconnectés du monde réel !



Quant à la vigne, c’est bien sûr le grand froid comme partout et la taille qui s’arrête. -5° à -8° avec du vent… impossible de travailler.

Nous qui commençons toujours un peu tard. Cette année, on va finir tout juste avant le débourrement. Taille tard, rien ne vaut que la taille de Mars… jamais cette maxime ne sera autant d’actualité

Le chai quant à lui semble protégé par son isolation… mais si le froid se durcit et persiste trop, il faudra commencer à chauffer.

Les bourdalès ne souffrent pas trop. Les bourgeons qui commençaient à blanchir, ont pris leur quartier d’hiver. J’entends certains paysans dirent que cela ressemble à 1956… mais tous les ans je l’entends… et puis le redoux avait fait remonter la sève dans les arbres et dans la vigne. Cette année, les plantes sont bien en hibernation.



Finalement, on revient à des hivers normaux. C’est plutôt rassurant, même si nous ne sommes plus habitués à de telles températures qui durent autant.



En tout cas le paysage est magnifique. C’est une belle consolation.

samedi 4 février 2012

BRF vigne

Hier j’ai installé mon BRF (bois raméal fragmenté) dans mon carré-collection de vigne

C’est une petite vigne entourée de pommiers taillés en espalier, où je plante soit des plants récoltés dans la forêt ou chez des anciens, soit des variétés que j’expérimente. Les plants sont taillés à cot, certains hauts d’autres bas. A droite on peut voir un tannât qui vient du Madiran. Au milieu, mon avoine, à gauche un pied récolté dans la forêt face à la vigne du Petit Manoir, à l’emplacement d’une ancienne vigne abandonnée il y a plus d’un siècle !

Chaque année, j’étudie l’évolution des maturités et la résistance aux maladies. Et j’essaie de comprendre le caractère des variétés indigènes. L’idée, à terme, est de planter à plus grande échelle l’une ou l’autre de ces variétés… ou pas !

Pour revenir au BRF, j’ai décidé de l’expérimenter sur la vigne, toujours dans le but de couvrir le sol au maximum… de ne pas laisser de sol nu. Cette technique a été expérimentée dans la vigne par Claude Bourguignon, mais les résultats ne sont pas publiés ! L’utilisation du BRF vient des canadiens qui se sont aperçus que sous les déchets de coupe du bois, la terre devenait très fertile. La raison en est la couverture permanente et la lignine contenue dans le bois qui décomposée par les champignons, produit un humus de très haute qualité. C’est le principe de la forêt. Fukuoka l’avait d’ailleurs remarqué il y a bien longtemps déjà. Mais personne ne l’a écouté !

Pour ce qui est de l’inter-rang, c’est les engrais verts qui feront ce travail. Pour le rang de vigne, la contrainte est de ne pas avoir de végétation qui pousse en hauteur pour éviter de couvrir les grappes avec le problème de l’aération et de l’ombre portée, et pour se prémunir d’éventuelles gelées printanières.



Le BRF me semble une bonne solution, sauf qu’il y a un risque de maladies cryptogamiques comme l’oïdium qui risqueraient de se développer. Certains pensent que des foyers de pourridiés pourraient naitre. Je ne pense rien de tout cela, mais je préfère le tester avant de me lancer dans un épandage systématique.



Pourquoi l’oïdium ne serait pas à craindre ? Je n’en sais rien, mais je suppose que si les bois sont au sol, l’oïdium ne sera pas le seul champignon à venir dégrader le BRF. Il y aura donc concurrence. Et je souhaite faire venir des « champignons auxiliaires » (néologisme made in Domaine de la Voie Blanche). En effet, 80% des champignons qui sont dans le sol, participent de la fertilité… d’où le problème du cuivre et du soufre qui attaquent l’oïdium et le mildiou… mais aussi tous les autres champignons !

Pour ce qui est du pourridié, je n’y crois pas du tout. Pourquoi ? Parce qu’il se développe sur des bois qui sont enterrés (des racines laissées dans le sol…) et donc subissent une fermentation anaérobique. Posés sur le sol, comme dans une forêt, ils subiront une fermentation aérobique… toute différente !

Comme je n’ai pas de preuve de ce que j’avance, je préfère l’expérimenter. Si j’observe une augmentation de la fertilité avec une maitrise des « mauvaises herbes » et des maladies… il faudra augmenter la surface de test et réfléchir à un moyen d’épandage.



Pour ce premier test, j’ai pris mon broyeur de jardin, et j’ai épandu les copeaux à la pelle.

Si cela marche, je n’imagine pas le faire sur 6 hectares. Il m’a fallu une journée pleine pour couvrir ces 30m2 ! Le broyage étant le facteur pénalisant. Heureusement, j’ai pris contact avec le SMICTOM local qui signera une convention pour me donner tous les bois d’élagage des bords de route et des chemins ruraux, qui sont broyés par les cantonniers des communes voisines. Ils ne savent pas quoi faire du surplus une fois épandus dans les massifs floraux communaux.
Heureusement qu’il n’y a pas beaucoup d’agriculteurs bios dans le coin…. ! Non… je n’en pense pas un mot ! Reste le problème de l’épandage… nous verrons bien le moment venu. Après, le BRF peut tenir 3 à 4 ans si on met une couche de 4 à 5 cm.



Cela voudra dire, très peu de travail de désherbage sous le rang… peut-être un fauchage au mois de mai avant que le peu d’adventices qui arrivent à vaincre la barrière du couvert, montent à graines. Et la fin du travail du sol, les copeaux, c’est-à-dire toute la microflore et la microfaune, feront le bouleau.

Un carmenère BRFé

Un abouriou aussi

un ermemont

L'abouriou, voilà typiquement un pied qui végète depuis trois ans. Le test sera intéressant pour voir si la fertilité du BRF est forte et a débloqué l’assimilation de certains minéraux.

Pour ce qui est de l’inter-rang, je souhaite laisser pousser l’avoine jusqu’à sa maturité, c’est-à-dire début Juin. Puis, je la broierai avec les graines qui donc se ressèmeront toutes seules. La paille couvrira le sol et protégera le semis naturel tout en commençant un cycle d’humification intensif. Pour éviter la faim d’azote possible avec la concurrence faite à la vigne, je vais épandre de la matière organique (plumes de volaille à 9% d’azote) à l’épandeur à engrais. La vigne ne devrait ainsi pas souffrir de la pousse de l’engrais vert avoine/vesce.

D’après mon protocole, il ne sera plus utile dans l’avenir d’épandre quoi que ce soit… disons que c’est le starter pour enclencher le cycle. La vesce, semée avec l’avoine, apportera l’azote nécessaire pour le futur, azote captée et retenue par l’humus, la pousse de la nouvelle avoine « spontanée » et la vigne.



La période de juillet/août n’étant pas propice à la pousse de l’avoine et de la vesce, qui préfèrent septembre/octobre, il n’est pas sûr que le semis naturel fonctionne. Les graines peuvent être mangées par des oiseaux, des rongeurs ou des insectes. La paille devrait les cacher. Pour les oiseaux, cela ne semble pas trop dangereux. Pour les limaces, elles n’aiment ni la paille ni la sécheresse estivale. Reste certains rongeurs qui pourraient se développer à l’occasion d’un apport massif de graines en repos et à la faveur de la protection du paillis. Nous verrons bien.



Peut-être faudra t’il semer à la volée une légumineuse d’été (pois, haricots…) pour apporter de l’azote avant que les graines d’avoine ne germent… ? On le saura l’année prochaine à l’aspect du nouvel avoine/vesce. S’il est beau et dense, c’est gagné. S’il est beau et éparpillé, il faudra le protéger. S’il est chétif, il lui manquera de l’azote… une légumineuse s’imposera en intercalaire.

J’ai semé de l’avoine, il y a deux ans. J’ai broyé un peu tard (trop pour une utilisation classique, coupe en vert pour apport d’azote assimilable). Je me suis aperçu que l’année suivante, il s’était resemé tout seul et avait un très bel aspect. C’est à partir de cette constatation que j’ai élaboré cette expérience et que je ne sèmerai pas autre chose en intercalaire pour cette année.

Pour le problème de la compétition hydrique que peut poser ce cycle, je me réserve la possibilité de détruire le couvert du rang enherbé (1 rang sur deux, semé de fétuques rouges, de ray-grass, de trèfles blancs) aux disques. Mais je commencerai surtout par le broyage, n’utilisant les disques que lors d’une période de sécheresse… et si la vigne en souffre trop… un outil pompier en quelque sorte.

Voilà l’horizon du « non-agir », cher à Masanobu Fukuoka, qui se rapproche. « Non-agir » ne veut pas dire « non-travail » et veut dire « beaucoup-réfléchir » et « beaucoup-observer ». En fait, je cherche à faire faire le travail par la nature. Les avantages sont nombreux : non polluant, intégration dans le milieu naturel, temps de travail dégagé pour autre chose, baisse des coûts de main d’œuvre, d’intrants fertilisants et de gas-oil (et d’entretien mécanique).

J’ai écrit « milieu naturel » et non « environnement ». C’est pour moi crucial. « Environnement » signifie pour moi que l’Homme est dans un espace qui l’entoure et qui lui est étranger. Ce qui brouille la réalité, puisque nous ne sommes pas étranger à la Nature, nous sommes une part d’elle-même, que nous le voulions ou non. Une agriculture qui protège l’environnement, c’est une agriculture dangereuse dont on essaie de réguler les dangers. C’est « l’agriculture intégrée ».

On construit des haies pour capter les oiseaux, on sème des jachères fleuries pour attirer les papillons (et les touristes), et on diminue les doses de produits chimiques (qui sont de plus en plus concentrés de toute façon). Cà n’est pas sérieux ! Pour moi, l’agriculture doit être une part de la Nature et non un corps étranger. Et c’est possible en réapprenant à regarder.

Reste le problème des pulvérisations phytosanitaires… dont une expérience commencera cet été avec la constitution d’un groupe expérimental de viticulteurs (dont notre domaine) au sein d’Agrobio-Périgord en relation avec Petiot pour l’utilisation des extraits végétaux.



J’en rendrai compte le moment venu.

vendredi 27 janvier 2012

Les campagnes à la ville

Bon, j’ai reçu des emails de lecteurs me disant qu’il y avait aussi en ville des mouvements qui se préoccupaient du rapport que nos sociétés entretenaient avec la nature. C’est vrai ! En dehors des AMAP, il y a, j’admets mon oubli, des associations et des gens qui font un travail exceptionnel. Le plus connu, c’est bill Mollison, le pape de la permaculture, qui a influencé tout un mouvement aux USA d’écoconstructions.

Dans cette vidéo, il explique le fonctionnement d’un de ces nouveaux quartiers, et c’est remarquable.

Le problème est que cela peut s’appliquer dans les continents où l'on peut encore s’étendre, mais dans notre vieille Europe… chaque nouveau quartier, c’est des hectares de terres agricoles ou d’espaces naturels qui disparaissent.

En Europe, c'est la réhabilitation qui semble faire consensus. Et là, il y a le mouvement initié par Rob Hoptkins (professeur de permaculture) dans sa ville de Kinsale en Irlande… le mouvement des « villes en transition » : Transition Town ici.

Le principe, influencé aussi par Bill Mollison, est d’amener les villes à une décroissance énergétique, en rapprochant les unités de production des villes, c’est-à-dire en relocalisant une certaine industrie, en relocalisant la production alimentaire (c'est un peu nos AMAP)et en baissant le niveau de consommation énergétique par toute sorte de moyens.
Le site international des Transitiv Town est très intéressant et assez bien fait. On y découvre que des villes comme Chicago, Houston aux USA, Sidney en Australie,… (rien que ça !) plusieurs dizaines de villes anglaises, des villes au Japon (pour Fukushima ce sera dur), en Allemagne, au Danemark, en France… , et dans bien d’autres pays, ont adhéré à ce mouvement.
La permaculture est une philosophie politique dont le penseur est Bill Mollison et qui place la décroissance au cœur de son action. Elle est très proche de la philosophie de Masanobu Fukuoka, mais je ne sais pas si elle en est influencée ou si elle est concomitante. Chez Fukuoka, son principe du non-agir est directement inspiré de certaines philosophies japonaises et chinoises.
Alors que la décroissance est plutôt une idée qui contredit les principes occidentaux. Je pencherai donc pour une influence asiatique. Mais je ne connais pas Mollison et il ne me semble pas l’avoir évoqué. Il est clair, en tout cas, que ces façons de faire société avec la nature ne semble pas se rapprocher de la vision de Steiner avec la bio-dynamie, des associations d’agricultures biologiques françaises (Nature et progrès…)ou des mouvements écologiques que l’on trouve sur notre continent.

Mais il semble que les mouvements les plus "à la pointe" chez nous, s’en inspire fortement comme ce jeune agriculteur de Charente qui tente de créer un ferme permacole ici.

Beaucoup de choses rapprochent la permaculture et l'agriculture sauvage puisque c'est ainsi que la nomme Fukuoka lui-même. La place de l'arbre est fondamentale dans l'une comme dans l'autre. Mais une chose les distingue, la permaculture envisage le compost comme un fertilisant important, alors que Fukuoka refuse tout intrant, même biologique. Claude Bourguignon est assez proche de ces conceptions. Je dois dire qu'elle m'influence aussi beaucoup, et que j'essaie de construire ma viticulture sur l'horizon de l'agriculture sauvage. Je n'y suis pas encore... mais, l'explication de mes recherches sont une des motivations les plus fortes de ce blog.

samedi 21 janvier 2012

Campagne de plantation à Paris

Me promenant aujourd’hui sur les quais de Paris à côté du Châtelet où l’on célèbre le culte de la culture… je me suis retrouvé devant le magasin Vilmorin. Etant par nature curieux de tout ce qui touche les plantes, je me suis retrouvé nez à nez avec… des pieds de vigne

Quelle n’a pas été ma surprise, moi vigneron, venu va nu pied dans la plus citadine des villes, de retrouver des très chers ceps de vigne, vivants, taillés dans des pots dont la profondeur, me les faisait voir comme des culs-de-jatte. Ne trouvez-vous pas qu’ils ont l’air bien à l’étroit dans leur terroir miniature ?



En m’approchant, je voulais connaitre leurs noms

Grenache de Corbière vendu 199 €. Avec leur nouvelle biodiversité, le vin qui en sera issu aura une minéralité… toute particulière.



Non, bien sûr, ils vont orner un salon élégant et techno-moderne… la Nature devient ornement! Ce qui nous a fait devient de la déco.

La vigne produisant le sang rendu sacré par un fils de l’Infini originaire d’un Moyen-Orient vénéré, qui en s’écoulant dans la boue des villages celtes, germains et gaulois faits de huttes en paille, de tentes en peaux de bête, parcouru par des enfant en guenille et des fiers hommes bardés de breloques barbares, a fertilisé ce sol pour engendrer l’Occident. Cette vigne deviendrait bling-bling ?

Fini les grands espaces et les hautes montagnes rocailleuses soutenant des forteresses cathares pour repousser le Mal. On troque le schiste pour le carrelage. Le vent d’Autan qui balaye les vallées ardues et rudes du Roussillon et du Corbière sera remplacé par une clime !



J’ose à peine imaginer le vieux paysan qui s’est courbé toute sa vie comme ses parents, grands-parents, aïeuls… qui a planté puis soigné avec amour ce pied centenaire… je l’imagine voir son cep dans un pot de géranium… !

J’imagine aussi, celui qui a consentit à brader sa vigne, le cœur serré et les poches vides, voyant partir l’héritage précieux et ancestral, qui malgré son étreinte, n’a pu empêcher qu’on le lui arrache.

Et tout ça pour le plaisir d’entendre lors d’une soirée branchée : « oh ! C’est sympa ta vigne… comme c’est fun… et qu’est-ce que c’est chic à côté de ton écran plat ! J’espère que tu nous feras du vin bio ou du jus de raisin très bientôt… ah !ah !ah !... ?

jeudi 19 janvier 2012

Manteau de givre au Petit Manoir

L’hiver jette son manteau froid sur le Petit Manoir

La taille a commencé comme partout, même si nous sommes toujours un peu après les autres vignerons.

Ce cycle est très important pour nous et pour la vigne. C’est un moment consacré au regard.

On remarque les endroits où il y a des problèmes : marquants cassées, fil de fer coupé, amarre arrachée (eh oui !), pieds manquants, piquets pourris… On n’est plus dans l’agitation du printemps et de l’automne… saisons vigneronnes par excellence.



Le travail est aussi pénible (tailler par -4°… pas terrible), mais moins stressant, moins dans l’hyperactivité.

J’apprécie le travail fait à l’automne avec le cavaillon qui protège le pied du froid

Les anciens n’avaient pas tort de cavaillonner, même si c’est une charge de travail qui se rajoute à d’autres.

J’ai profité d’un sol gelé (rendu résistant au poids du tracteur) pour positionner la dolomie sur une partie de la vigne. C’est une sorte de chaulage, mais façon bio… sans chaux. La dolomie est une roche naturelle aux propriétés fertilisantes très intéressantes surtout dans nos sols qui sont structurellement carencés en magnésium. Pour le calcium, dans de vieux sols comme les nôtres, les calcaires en sont souvent dépourvus. Ils ont été consommés par les milliers d’années d’activité biologique et surtout agricole.



Lorsqu’on prélève la récolte, une partie des minéraux n’est pas naturellement restituée au sol comme dans une forêt. Il faut donc la restituer mais sans violence. La dolomie va donc se décomposer lentement au grès des pluies et de l’activité organique. Ainsi, on ne nourrit pas la plante, comme dans le chaulage, on fertilise le sol.

A propos de fertilité, les féveroles accusent le coup des températures négatives

Dès la fin des gelées, elles vont se redresser bien sûr. Il ne faut pas oublier que la fève était l’un des seuls légumes cultivés en Europe au Moyen-Âge. En effet, les autres légumes (tomates, pommes de terre, poireaux…) sont assez récents. Ils nous sont parvenus au moment des grands voyages des XV° et XVI° siècles.



Or, comme nous le voyions sur beaucoup de tableaux de cette époque (surtout ceux de Bruegel), il faisait très froid. On a appelé ce moment une mini-période glaciaire. La fève supporte très bien les basses températures hivernales. Et si on la sème à l’Automne, elle résiste mieux aux pucerons qui ne vont pas l’épargner au printemps.

Pour les engrais verts, il existe aussi une technique qui consiste à semer une plante qui se détruit avec le gel. Ainsi, elle va pailler le sol en hiver et laissera un sol propre au printemps pour un semis de maïs ou autre… et ceci, sans travail du sol.

Il y a tant de nouvelles techniques à découvrir, respectueuses de l’environnement ! Il manque simplement la curiosité et l’indépendance face à la convoitise de certains.

Dans ce froid, un rayon de soleil est le bienvenu

En cette période, il réchauffe moins les doigts que le cœur.