mardi 24 août 2010
véraison
Par marc Dalbavie, mardi 24 août 2010 à 22:34 :: SAISONS
A Barbeyrolle, les vieux merlots ont presque tous fini leur véraison.

La production est belle malgré un déficit en eau particulièrement important pour notre région. C'était l'année où il fallait à tout prix travailler l'inter-rang, ce que nous avions fait... un rang sur deux. Je ne résiste pas à la tentation de vous montrer un vieux pied que j'aime beaucoup

à 70 ans, il se porte pourtant bien... n'est-ce pas? Il fait parti de ceux qui produisent le Barbeyrolle, une cuvée que le domaine ne garde pas longtemps... le vin est puissant, plein, enrobant... avec une tendance à la "pomorolisation"... il est sur un terroir très proche de celui de Libourne. Pour le moment, tout se passe bien. Un beau mois de Septembre serait une belle récompense... mais cela... Dieu seul le sait... et aucun moyen de le lui demander. C'est drôle, mais on comprend tout à fait pourquoi, bien souvent, le paysan croit en Dieu. Car il est dépendant de forces qui le dépassent et il sait qu'aucune revendication ne peut aboutir. Il est contraint à la sagesse et à la patience. L'Homme des villes pense, quant à lui, que tout peut se construire ou se revendiquer. Il est dans la sensation de sa puissance et de son libre-arbitre. Il y a toujours une raison logique à une embûche, à une réussite, à un echec. Tout s'explique et se comprend, il vit dans un immense monde logique, sécurisé, déterminé... bref, totalement humanisé! Même un accident est dû à un feu rouge mal placé, à une barrière piétonne inexistante ou je ne sais quel objet de protection que les autorités n'ont pas eu la prudence d'installer... gardant l'argent pour d'autres causes... elles inavouables! Dans la campagne, c'est différent. Au dessus des Autorités, il y a le ciel! Et avec lui, un immense monde incompréhensible et implacable. Un orage de grêle... un an de travail dévasté. Un coup de vent violent... 500 piquets arrachés. Une pluie trop longue et trop forte... les semis noyés, la terre lessivée. Une sécheresse... des hectares qui partent en fumée. Ce monde est aussi le mien... quelquefois je lève les yeux au ciel, non d'exaspération comme une mère face à un enfant turbulent... mais d'interrogation, de frayeur et d'ermerveillement... et une prière me vient en dépit de moi. Comme si je me rendais compte de la puissance de ce qui est autour de moi, au dessus de moi... et que je rejoignais sans le savoir, l'humilité du paysan qui sait qu'il ne peut que s'en remettre à Dieu, même après avoir correctement fait son labeur. Et malgré une résistance qui me vient de cette culture citadine qui malgré tout a envahi la campagne... je dois bien avouer, qu'après avoir fini tout les travaux en temps, il ne me reste plus qu'à "m'en remettre à Dieu"... je n'ai pas le choix. J'ai fait le mieux que j'ai pu... mais maintenant, les dès sont jetés, l'évolution du raisin m'échappe et seul l'espoir me tient... et me relie à ces millions de paysans qui ont inlassablement creusé cette terre pour que sa fertilité fasse naître tout ce qui continue à nous apporter la vie. Cette impossibilité de ne rien prévoir, je l'ai fait mienne. J'entends, de ci de là, "l'année ne sera pas bonne", "l'année sera moyenne", "l'année sera difficile", "l'année sera excellente si septembre le veut"... pourquoi tant de paroles pour ne rien dire. On ne sait rien de ce qui arrivera. Le millésime, c'est dans la cuve et le tonneau qu'il s'exprimera. Nul part ailleurs! On réduit le millésime à bon, moyen, mauvais... cela n'a aucun sens. Chaque année est différente et chaque viticulteur est différent. La subtilité des équilibres entre les acides, les tanins, l'alcool, les anthocyanes produit des variations infinies, comme celles que nous apportent les années dont aucune ne se ressemblent, alors qu'elles appartiennent à un cycle infini. Pourquoi réduire tout sur une échelle aussi pauvre? A cause du marché? Le consommateur a besoin d'idées claires? Pour ne pas dire simplistes? C'est comme cela que nous respectons celui qui veut boire notre vin? Non, on peut choisir une autre voie. Le vin n'est pas un soda.












































































